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S comme Sel

Mercredi, 22 Juin, 2016
 
Indispensable à la vie, le sel n’est pas une denrée rare en Languedoc, il a été longtemps la principale ressource de la province et une monnaie d’échange pendant des siècles.
 
Les marais salants, aussi appelé salins, sont le lieu où l'on récupère le sel par évaporation naturelle de l’eau de mer, dans des bassins de faible profondeur, à l'air libre. Le terrain doit être horizontal, le moins perméable possible, facilement recouvert par les eaux. Pour obtenir du sel, il faut faire parcourir à l’eau de mer, un long trajet sous une faible épaisseur, pour arriver, sous l’action conjuguée du soleil et du vent, à faire évaporer les 9/10 de son volume initial.
Sous l’Ancien Régime, l’eau salée est amenée pendant les mois d’été, sur les aires d’évaporation, par des martelières (vannes permettant de régler le débit d’eau dans un canal, une roubine, un étang). Le sel récolté à la pelle, est monté en camelles (tas), et transporté à la brouette dans des entrepôts. Il est ensuite convoyé sur des barques plates tirées sur les canaux par des chevaux.
Les personnes qui récoltent le sel des marais salants, sont appelées des paludiers, des saliniers ou encore des sauniers. Sous l’Ancien Régime, les contrebandiers s'opposant à la taxe sur le sel, la gabelle, étaient appelés des « faux-sauniers », en opposition aux sauniers producteurs de sel.
 
Dans les mémoires de l’Académie des Sciences de 1763, l’auteur d’une communication, M. Montet raconte sa visite à Peccais :
« Le territoire est ici plus bas que les étangs, plus bas aussi que le canal de Sylvéréal, qui passe à Peccais, plus bas encore que le Rhône (…). Quand on veut sauner, on enlève la martelière, de façon que l’eau des étangs vienne dans chacun des partènements ; ceux-ci alors sont, à l’aide de batardeaux de piquets, de fascines et de terre, divisés en d’autres plus petits.. C’est dans ces terrains, chargés de sel depuis des siècles, qu’on fait passer l’eau des étangs (…). L’évaporation est favorisée surtout par la chaleur et le vent du nord. Sitôt qu’elle est suffisante, une pellicule se forme à la surface. Le saunier tâte de la main ; quand celle-ci trempée puis exposée à l’air, se couvre de petits cristaux, l’eau est à point. Elle est conduite dans des maires ou trajets, de là dans des puits à roue de 5 à 6 pieds de profondeur, d’où elle passe dans les tables où elle cristallisera. Le partènement est ici plus bas que les tables ; il ne serait sans cela besoin de puits à roue ».
A. Leenhardt, Les salins du Languedoc, Bellegarde, 1939. ADH, CRC 442
 
Récolte du sel. Collecte à la pelle du sel et transport du sel à la brouette. Plaques de verre.
Archives départementales de l’Hérault, 1926 W  1438
 
Récolte du sel à Sète dans des wagonnets. Cl. J. Ribière
Archives départementales de l’Hérault, 23FI36/9
 
Ouvrier près d'un wagon lors de l'extraction du sel, [1945-1960]. Cl. J. Ribière
Archives départementales Hérault, 23 Fi 36/14
 
 
L’eau est réintroduite sur les tables autant de fois qu’il est nécessaire. Quand l’épaisseur de sel est suffisante, il reste à le lever avec des pelles pour en faire des pyramides ou gerbes ou « javelles », transporté à dos d’homme et mis en « camelles » que l’on recouvre de chaume ou de roseau, pour les protéger de la pluie. Les inondations sont une catastrophe qui détruit la récolte.
En 1939, Albert Leenhardt décrit la transformation de l’outillage à son époque, les grandes roues actionnées par des mulets, ont fait place à des pompes centrifuges mues par des moteurs électriques, les tables salantes sont damées avec de gros et pesants rouleaux, le ramassage se fait avec des pelles mécaniques montées sur chenilles, le sel est chargé sur des wagonnets tirés par des tracteurs à essence, il est conduit dans une fosse cimentée où il est rincé à plusieurs reprises puis égoutté, des chaînes à godets le déposent sur une chaîne de levage qui permet la constitution de tas énormes dont la hauteur peut atteindre 12 m.