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X comme naître sous X

Mardi, 28 Juin, 2016
 
La cause principale de l’abandon est l’illégitimité de la naissance. Mais près de 30% des abandonnés naissent dans un cadre légitime et sont confiés à l’assistance avec des billets qui donnent leur identité et tentent d’expliquer le geste, souvent justifié par la misère.
Dès 1639, les principes de l’assistance publique sont ainsi posés : un dossier pour chaque enfant, une réglementation prévoyant le logement, la nourriture, le trousseau, le recrutement des nourrices, le placement des enfants à la campagne, leur surveillance et leur instruction. Trois siècles plus tard, les pratiques et le vocabulaire n’ont pas changé : on parle encore de « pécule » ou de « vêture »…
Le 27 juin 1793, sous la Convention, une loi fonde enfin en France la protection de l’enfance. Les fondements de ce qui deviendra l’assistance publique prennent forme. La législation précise : « La Nation se charge désormais de l’éducation physique et morale des enfants connus sous le nom d’enfants abandonnés et qui seront désormais indistinctement appelés orphelins. » La charité, jusque-là religieuse, devient laïque.
 
Registre d’inscription des enfants déposés dans le tour, 1841
Archives départementales de l'Hérault, 1 Q 154
 
Les tours, petits cylindres pivotant, généralement à la porte d’un édifice religieux, de charité ou d’hôpital, sont aménagés pour la première fois à Paris, par Saint Vincent de Paul en 1638. Généralisés dans toutes les grandes villes, légalisés par décret impérial en 1811, on les remplace en 1863 par des « bureaux d'admission », où les mères pouvaient laisser leurs enfants de manière anonyme tout en recevant des conseils. Les tours d'abandon sont abolis par la loi du 27 juin 1904. Les femmes conservent le droit d'accoucher anonymement dans les hôpitaux et d'y laisser leur bébé (« accouchement sous X »).
 

Exemple d'un tour d'abandon - Hospice de la charité Mâcon (DR)

 

Adjudication des fournitures de layettes, vêtures et chaussures nécessaires au Service des enfants assistés pendant l’année 1930
Archives départementales de l'Hérault, 3 X 88
 
La sous-série 3 X donne une vision de la politique d'assistance pratiquée entre 1800 et 1940. Elle montre que si la France était en retard sur d'autres pays, sur la mise en place d'un système de protection sociale efficace, de nombreuses lois, essentiellement votées sous la Troisième République, et en particulier à l'époque de la République radicale (1899-1914) ont néanmoins permis d'organiser l'assistance des populations vulnérables.
Une première partie est consacrée aux généralités : inspection et contrôle des lois d'assistance, activités des conseils et commissions divers, dossiers du personnel, et comptabilité générale.
La partie réservée à l'assistance aux femmes en couche est surtout riche en statistiques et en documents comptables sur les allocations journalières et primes d'allaitement. Quant à l'assistance aux familles nombreuses, elle fournit des renseignements statistiques (nombre d'enfants par famille) et d'état civil (listes des familles).
L'assistance à l'enfance occupe une très large place (3 X 64-468, soit plus des deux tiers des archives de la sous-série 3 X). Outre de nombreux renseignements statistiques et comptables, on y trouve des registres nominatifs d'enfants ainsi que des dossiers individuels. De nombreuses lettres d'enfants, de parents ou de tuteurs et l'historique des placements des enfants en nourrice donnent un bel aperçu de la vie et parfois de la détresse des pupilles. Les registres des enfants secourus temporairement permettent une étude sociologique intéressante puisque la position «morale» et pécuniaire de la mère est précisée. Enfin ,au chapitre de la protection du premier âge, il est question du début du système des crèches municipales.
La partie relative aux retraites ouvrières et paysannes est pauvre mais permet d'avoir un aperçu du début d'un système qui ne se systématiserait qu'après la Libération. Les soins gratuits aux victimes de guerre permettent une étude généalogique avec les listes communales des bénéficiaires, bien conservées.
L'assistance médicale est la partie la plus fournie de la sous-série, avec l'assistance aux enfants. Elle est divisée en deux chapitres : le service médical gratuit et l'Assistance médicale gratuite (A.M.G.) proprement dite, instituée en 1893. Cette partie contient de nombreux renseignements sur les médecins, appelés «médecins des pauvres» et sur leur réticence à soigner des patients indigents, soin pour lequel ils étaient, selon leur dire, peu rémunérés. Cette partie a un intérêt sociologique évident puisqu'elle renseigne sur la pauvreté (nombreuses statistiques) mais aussi médical puisque sont mentionnées les épidémies diverses ainsi que les campagnes de vaccination pratiquées. Autre intérêt : la pharmacologie avec de nombreuses archives consacrées aux fournitures en médicaments qui précisent le nom de ceux-ci.
Enfin, la dernière partie, consacrée aux habitations à bon marché (H.B.M.), ancêtres des H.L.M. permet de consulter des dossiers de construction de logements avec de nombreux plans et devis. La vie des comités de patronage et les premiers pas des offices municipaux sont évoqués.