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Les compoix des communautés d’habitants d’une partie de l’ancienne province du Languedoc en ligne.

Mardi, 21 Juillet, 2015

Depuis 2008, les Archives départementales de l’Hérault ont numérisé et mis en ligne un corpus de près de 950 compoix provenant, d’une part, des anciennes communautés d’habitants des diocèses civils correspondant aux limites géographiques de l’actuel département de l’Hérault, et provenant d’autre part du fonds d’archives de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier. Le programme qui a été mené sur plusieurs années, a nécessité au préalable la restauration de nombreux volumes.

Registres emblématiques de la partie méridionale du royaume de France, les compoix sont des documents exceptionnels dans leur forme. Ils sont surtout une source incontournable pour l’étude de la société méridionale.

Le compoix est un document fiscal qui sert à établir l’état des biens fonciers des habitants pour servir à la répartition équitable entre propriétaires de l’impôt royal, la taille, que chaque communauté doit annuellement au roi. Dans le Languedoc, qui est un pays d’états, la taille est dite "réelle". Elle est donc assise sur les biens détenus.

Le registre de compoix recense, par propriétaire, les parcelles qui sont cultivées ou non, bâties ou non, en précisant leur superficie. La parcelle est également localisée sur un lieu-dit, le "tènement", et située par rapport aux parcelles voisines, appelées "confronts".  La valeur de chaque type de parcelle est ensuite estimée selon une grille énoncée dans le préambule du compoix. Cette grille, appelée "table", précise la nature de la parcelle (maison, vigne, oliveraie, terre labourable, etc.), et son degré de qualité, qui peut aller, dans le cas de la vigne, jusqu’à la définition de 4 degrés. Les parcelles sont ensuite estimées fiscalement suivant la table. La somme totale des biens d'un particulier, qui constitue son "allivrement", correspond, l'année de la confection du compoix, à la somme qu'il doit acquitter pour le règlement de la taille. Les années suivantes, une péréquation est réalisée grâce au "tarif" annuel de la taille pour fixer le montant réactualisé de l'imposition de chaque contribuable.

Certaines parcelles échappent toutefois à la taille. Elles ne sont donc pas reportées dans les compoix. Les parcelles qualifiées de nobles ne sont pas assujetties à l’imposition. De même, les propriétaires dont l’allivrement (assiette fiscale) des biens estimés est trop faible, sont exempts de l’imposition.

Rédigés par les communautés d’habitants, les premiers compoix datent du début du XIVe siècle. Le plus ancien actuellement identifié dans l’Hérault, est le livre d'estimes de la communauté des habitants d’Agde qui daterait de 1320. Il est conservé aux archives communales d’Agde sous la cote CC 1. Mais l’essentiel des registres qui nous sont parvenus couvre une période allant du XVIe siècle à la fin de l’Ancien régime. L’instauration d’un nouveau système fiscal en 1790 met en effet fin à la rédaction des compoix.

Signe de l’importance qu’il revêt dans la vie de la communauté, le compoix est un document réalisé avec beaucoup de soin. Il se présente sous la forme d’un registre relié le plus souvent de cuir, mais il peut aussi être recouvert de parchemin. Il est généralement de grandes dimensions et il peut compter jusqu’à 700 folios selon l’importance de la communauté d’habitants.

La rédaction du compoix est codifiée. Après le préambule rappelant l’origine de la faction du compoix, la table de valeur des parcelles, et la rubrique alphabétique des propriétaires, le rédacteur détaille les parcelles par propriétaire (chaque compte individuel est appelé "manifeste"), en commençant toujours par les plus riches ou par les habitants dominant socialement la communauté. Les propriétaires de biens n’habitant pas la communauté, appelés "forains", sont détaillés en fin de volume ou dans un registre annexe. L’écriture est soignée. Elle peut être enrichie d’enluminures de couleurs, signe de la richesse de la communauté. Une autre particularité attire le regard contemporain. Il arrive que le rédacteur, dans une approche plus artistique, voire caricaturale, représente le propriétaire de profil ou dans des situations cocasses.

Le corpus des compoix accessibles sur le site est régulièrement enrichi de nouvelles numérisations grâce aux nouveaux dépôts d’archives communales ou à l’emprunt de volumes auprès des collectivités. C’est l’occasion pour les communes de redécouvrir la richesse de leur patrimoine écrit.

 

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