PARTIE II : de la persuasion à la contrainte: l'Etat policier (1941-1942)

Durant ces deux années, la politique du régime de Vichy ne cesse de se durcir. La législation oblige à la prestation de serment pour les hauts fonctionnaires (janvier 1941), élargie quelques mois plus tard à tous les serviteurs de l'Etat. La création du Commissariat général aux questions juives, l'instauration de tribunaux spéciaux, la multiplication des rafles avec le concours de la police française sont quelques-uns des signes objectifs de cette nouvelle phase. Elle est appuyée par des relais politiques qui souhaitent l'ancrer par tous les moyens au cœur de la société. L'arrivée des nazis en novembre 1942 en Languedoc permet aussi à la répression de s'accentuer de manière considérable

 

La population mobilisée

Par voie d'affichage, le préfet de la Lozère lance un « appel à la population » afin qu'elle aide les pouvoirs publics à trouver les auteurs des gestes « criminels » que sont les sabotages. Ils permettront ainsi à la police de réprimer avec efficacité tous les « coupables ». Les actes perpétrés par la Résistance sont clairement visés. Les autorités rencontrant des difficultés pour traquer les opposants au régime de Vichy en appellent donc à la délation.


Document 5 : Affiche engageant la population
à se mobiliser contre les actes de sabotage (cote ADH, 18 W 17)

 

Contrôle, modelage des esprits et persécution : les municipalités nommées par le pouvoir

Afin de prévenir les oppositions locales, la loi du 14 novembre 1940 autorise le pouvoir de Vichy à dissoudre les conseils municipaux  chaque fois qu'il le juge nécessaire « pour des motifs d'ordre public ou d'intérêt général » et à les remplacer par des délégations spéciales. En raison des convictions « républicaines » de leurs membres, un nombre important de municipalités de l'Hérault ont fait l'objet de telles mesures. De même, des conseillers généraux, des maires furent déchus de leur mandat ou révoqués. La lettre évoque « une commune rouge », Florensac.


Document 6 : Lettre du sous-préfet de Béziers au préfet régional signalant l'épuration du conseil municipal de Florensac (cote ADH, 1000 W 427)
Document 6 : Lettre du sous-préfet de Béziers
au préfet régional signalant l'épuration
du conseil municipal de Florensac (cote ADH, 1000 W 427)

 

Contrôle, modelage des esprits et persécution : la censure postale, le cinéma, la presse

Dès 1940, le service des contrôles techniques, basé dans chaque département, est un organisme civil chargé d'intercepter les lettres, les télégrammes et les conversations téléphoniques. En épiant ainsi la vie privée de la population, il prend une part primordiale dans la lutte contre la Résistance. Cet instrument clé de l'Etat autoritaire permet aussi d'obtenir des informations inédites. Il est à l'origine d'une synthèse régulière pour scruter les variations de l'opinion. Le document montre « l'efficacité » de « la commission du contrôle téléphonique de Montpellier » puisque « entre le 26 décembre 1941 et le 25 janvier 1942, 13 600 communications ont été surveillées »
 


Document 7 : Télégramme du ministère
de l'Intérieur aux préfets de la zone libre
(cote ADH, 1000 W 427)

               

Document 8 : Adresse au préfet     Document 9 : Rapport mensuel 
de l'Hérault d'un article soumis à    d'écoute téléphonique adressé
censure (cote ADH, 1000 W 433)    au préfet de l'Hérault(cote ADH, 18 W 16) 

 

Contrôle, modelage des esprits et persécution : des camps pour les "terroristes" et les travailleurs étrangers

Dans les années 30, alors que la crise économique sévit, la France, terre d'accueil des immigrés depuis une cinquantaine d'années, connaît une montée de la xénophobie et de l'antisémitisme. Néanmoins arrivent en France de nombreux réfugiés qui fuient le fascisme italien, le nazisme allemand, l'antisémitisme d'Europe de l'Est et au début de 1939, la guerre civile espagnole. Dans ce contexte, le gouvernement de la Troisième République crée, le 21 janvier 1939, le camp de Rieucros (Lozère) pour regrouper tous les « indésirables ». D'autres camps suivront. Par le  décret-loi du 18 novembre 1939, l'extension des mesures d'internement porte sur « tout individu dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ». Est concernée toute personne étrangère ou non, sur simple soupçon. Après la défaite de la France, le maréchal Pétain instaure l'Etat français. L'internement change de nature et devient un système politique.

L'exclusion est un élément constitutif du régime de Vichy, dont le camp d'internement devient le rouage essentiel. A partir de l'été 1940, le régime augmente les motifs d'internement dans les camps, dont l'administration est assurée par un personnel français. Ainsi, de 1939 à 1946, la France se couvre de quelques 200 camps d'internement. Ce sont des camps d'hébergement, d'internement administratif, de répression politique, de persécution raciale ; ils reçoivent à titre transitoire ou pour une longue durée environ 600 000 internés.

Dans le sud de la France, les camps sont très nombreux, dont : Argelès, (Aude), Bacarès, Rivesaltes, Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), Gurs (Pyrénées-Atlantiques), Le Vernet (Ariège), Les Milles, Saliers (Bouches-du-Rhône) et dans l'Hérault : Agde.
 

Document 10 : Renforcement des mesures de sécurité et de contrôle dans les camps d'étrangers (cote ADH, 1622 W 1)
Document 10 : Renforcement des
mesures de sécurité et de contrôle dans
les camps d'étrangers (cote ADH, 1622 W 1)

 

Les relais du pouvoir : l'administration

Sous le gouvernement de Vichy, le zèle du personnel chargé de gérer la répression (les préfets, les policiers, le personnel judiciaire...), est garanti par un serment prêté au Maréchal. A partir de 1943,  une épuration impitoyable, sans cesse répétée, se fera dans l'administration. René Bousquet, Secrétaire général de la Police, est l'un des principaux artisans de la collaboration des polices française et allemande contre la lutte anticommuniste et « antiterroriste ».

La police représente un pion essentiel pour les autorités aussi bien françaises qu'allemandes. Elle est au cœur d'un dispositif visant à lutter contre les « terroristes » (c'est-à-dire les résistants) et à mettre en œuvre une politique raciale élaborée dès la loi du 3 octobre 1940 « portant statut des Juifs ». Le besoin d'un bouc-émissaire et surtout l'antisémitisme qui imprégnait le gouvernement de Vichy furent seuls à l'origine de ce texte. Une véritable traque des juifs allait être organisée par le pouvoir. Elle repose en grande partie sur la création de services de police spécialisés comme la « Police des  questions juives » (octobre 1941). On y recrute des individus motivés par l'appât du gain ou par l'idéologie pétainiste.

 

Document 11 : Le serment de fidélité des fonctionnaires au maréchal Pétain dans l'administration préfectorale et la police (cote ADH, 111 W 16)        

Document 11 : Le serment de fidélité des fonctionnaires au
maréchal Pétain dans l'administration 
préfectorale et la police
(cote ADH, 111 W 16)

 


Document 12 : Le serment de fidélité des
fonctionnaires au maréchal Pétain dans
l'administration préfectorale et la police
(cote ADH, 1000 W 409)

 


Document 13 : Le rôle spécifique de la Police
des questions juives (cote ADH, 59 W 162)

 

Document 14 : Caricature antisémite (cote ADH, 1000 W 238)
Document 14 : Caricature antisémite
(cote ADH, 1000 W 238)

 

Le relai du pouvoir : le vivier des anciens combattants

Dans l'Almanach de la Légion française des combattants de 1941, il est précisé que cette structure créée un mois après le vote des pleins pouvoirs sera « l'animatrice de la Révolution nationale. C'est elle qui provoquera jusqu'au dernier village l'esprit nouveau et fera l'ordre nouveau ». Elle regroupe en un organisme unique les anciens combattants répartis jusqu'alors dans de très nombreuses associations. Pétain, le « héros de Verdun », veut s'appuyer sur une population qui lui accorde une très grande confiance pour résoudre les difficultés touchant le pays. Dans les premiers temps du régime, la Légion française des combattants va relayer souvent avec enthousiasme la propagande officielle tout en assistant les pouvoirs publics. Elle regroupe à son apogée 1,4 million de légionnaires. Au fil du temps, une radicalisation du mouvement se fait jour. Bien des légionnaires prennent leurs distances afin de ne pas légitimer la politique répressive, très marquée dès 1942, défendue par le Service d'ordre légionnaire (SOL). Tout en restant dans la mouvance de la Légion, le SOL a sa hiérarchie et sa discipline propres. « Le chant de marche des cohortes SOL » témoigne du virage martial pris par cet instrument du pouvoir qui constituera le vivier de la Milice à partir de janvier 1943.

Document 15 : L'exemple du Parti populaire français (PPF) (cote ADH, 59 W 80
Document 15 : L'exemple du Parti populaire français (PPF)
(cote ADH, 59 W 80)

 

Le relai du pouvoir: les mouvements politiques

Dès octobre 1940, Pétain rencontre Hitler à Montoire. Après cette entrevue, le chef de l'Etat français fait un discours dans lequel il indique : « une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe. (...) Cette collaboration doit être sincère ». Plusieurs organisations politiques encouragent ce rapprochement. Parmi ces mouvements collaborationnistes, on trouve : le Parti franciste, le Rassemblement national populaire (RNP), le Groupe Collaboration ou encore le Parti populaire français (PPF). De tous les partis favorables à la politique menée par le chancelier du Reich, seul le PPF avait vu le jour avant guerre. Fondé en 1936 par Jacques Doriot, le parti compte près de 100 000 adhérents en 1940. Il s'agit d'une organisation fasciste de masse très attirée par les réformes proposées par Mussolini. L'installation du régime de Pétain annonce un nouveau départ pour le PPF. Le culte du chef, l'anticommunisme, l'antisémitisme, la haine de la République, la volonté d'embrigader la jeunesse sont quelques-unes des caractéristiques de ce mouvement qui entend créer avec les nazis une Europe nouvelle.

 

Document 16 : L'exemple du Parti populaire français (PPF) (cote ADH, 363 W 345)                   Document 17 : L'exemple du Parti populaire français (PPF) (cote ADH, 59 W 106)
Document 16 : L'exemple du Parti         Document 17 : L'exemple (PPF) 
     populaire français (PPF)                      du Parti populaire français 
     (cote ADH, 363 W 345)                           (cote ADH, 59 W 106)

 

Document 18 : L'exemple du Parti populaire français (PPF) (cote ADH, 59 W 108)
Document 18 : L'exemple du Parti populaire
    français (PPF) (cote ADH, 59 W 108)

 

 


 

 

 

 

 



 

 

 

 

Document 5 : Affiche engageant la population à se mobiliser contre les actes de sabotage (cote ADH, 18 W 17)
Document 5 : Affiche engageant la population à se mobiliser contre les actes de sabotage (cote ADH, 18 W 17) Document 5 : Affiche engageant la population à se mobiliser contre les actes de sabotage (cote ADH, 18 W 17) -