Vous êtes ici

1807, une maladie contagieuse transmise par des prisonniers de guerre prussiens se répand à l’hôpital de Béziers. - Zoom sur...

Les maladies infectieuses font partie intégrante de l'histoire de l'humanité. Les épidémies de choléra, la peste noire au XIVème siècle ou encore la grippe espagnole en 1918 et 1919 ont causé la mort de beaucoup d’êtres humains. Certains fonds des Archives en témoignent, comme, par exemple, la correspondance relative à une maladie contagieuse transmise par les prisonniers de guerre prussiens soignés à l’hôpital de Béziers en 1807 (ADH, 1 X 219).

Contexte historique

1806. Napoléon 1er, fort de sa victoire sur la 3e coalition composée du Royaume-Uni, de la Russie, de l’Autriche, du royaume de Naples et de la Suède, crée en juillet la confédération du Rhin qui rassemble les États rhénans et d’Allemagne. La Prusse, inquiète face à cette suprématie française à ses frontières, entre en guerre seule contre la France. L’armée prussienne est mise en déroute aux batailles d’Iéna et d’Auerstadt. Environ 150 000 soldats prussiens sont faits prisonniers.

 

L’hôpital de Béziers

 

L’hôpital de Béziers a vocation à recevoir les malades civils et militaires. Il se situe à quelque distance de la ville ce qui permet de combiner l’avantage de l’éloignement avec celui de la proximité. Il dispose de salles aérées, vastes et commodes, de jardins et de plusieurs sources d’eau.

 

Les conditions d’accueil des malades sont considérées comme satisfaisantes, les « miasmes contagieux ou mortifères » étant « dissipés par les fumigations » ou chassés par des « colonnes d’air ». Le médecin chef déplore seulement l’absence d’un lieu de promenade pour les malades, estimant que la promenade ainsi que la respiration de l’air libre leur seraient bénéfiques.

 

Le régime alimentaire des malades se compose de pain, vin, viande, légumes et parfois de fruits. Les quantités sont « proportionnées aux facultés digestives ». Les repas sont pris à heure fixe et à distance afin de ne pas déranger la digestion et le sommeil.

Des prisonniers prussiens porteurs d’une maladie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lettre du médecin en chef de l’hôpital de Béziers au préfet de l’Hérault, 21 mai 1807, Archives départementales de l’Hérault, 1 X 219

Vers le mois d’avril 1807, l’hôpital accueille des prisonniers de l’armée prussienne malades. Ces soldats ont été contaminés à Montélimar, en raison de conditions de campement déplorables : « logés et couchés […] près des tas de fumier », exposés à des « miasmes insalubres » et à la « malpropreté », ne disposant que d’une « mauvaise nourriture » et de « boisson inaccoutumée ». La maladie contractée se révèle contagieuse et transmissible, les personnes en contact avec ces malades ayant été à leur tour affectées.

 

Il apparaît deux types de maladie de gravité différente. Une maladie dite « maligne », frappant 80 prisonniers environ, se manifeste par les symptômes suivants : délire, convulsion, « vocifération », perte de connaissance, parfois « éruption pourprée », « météorisme du bas-ventre », « collapsus général des forces ». Divers traitements ont été appliqués : « vésicatoires », « sinapsismes », « camphre combiné selon le cas avec le sel ammoniac », « cordiaux », « extrait de kinkina », « boisson aiguisée », « tartre émétique ». La force de la constitution de ces soldats, ajoutée avec ces traitements, ont limité le nombre de décès à 4 ou 5. Malheureusement, une sœur chargée des soins succombe à cette maladie. En outre, la contagion gagne la ville de Béziers où le nombre de victimes est plus important.

 

Trois ou quatre cents autres soldats malades sont atteints d’une fièvre bileuse simple, sans danger, qui, traitée par des « boissons délayantes et digestives, suivies de l’Emetique et des Evacuans », se guérit en peu de jours.

 

Grâce aux soins et aux moyens déployés, le médecin chef, assisté de son adjoint et des sœurs, parviennent « à opérer l’extinction de son foyer contagieux », il constate également « qu’à mesure qu’elle cédait dans l’hospice, elle disparaissait dans la Cité ». Il s « ‘estime heureux d’avoir obtenu un tel résultat » et s’en « félicite d’autant plus que par là mes concitoyens ont été préservés des ravages que ce fléau aurait exercé parmi eux ».

 

Informé, le ministre de l’Intérieur souligne dans une lettre adressée au préfet de l’Hérault « le dévouement et le zèle que le médecin en chef a montrés en cette circonstance », témoigne de sa satisfaction tout en regrettant que le préfet ne lui aie pas rendu compte de cette maladie.

 

Texte et transcription

Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet de l’Hérault, 14 août 1807, Archives départementales de l’Hérault, 1 X 219

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 28 août pour m’exprimer de la part de Monsieur le Préfet la satisfaction et la reconnaissance de son excellence Monseigneur le Ministre de l’Intérieur à raison du zèle et du devouement avec lesquels je me sios livré au traitement de la maladie épidémique dont les prisonniers prussiens étaient atteints.

Adresse :
907 avenue du Professeur Blayac 34000 Montpellier