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1944-1945. La reconstruction des hommes et du territoire. - Découverte

Souvenons-nous qu’il y a 70 ans, l’Hérault retrouvait sa liberté après un long et douloureux conflit qui mit à mal les populations et l’économie du pays. En 1944, il est temps de reconstruire et de restaurer l’ordre républicain. Les archives nous en tracent les étapes.

Voir l'article précédent de la série : Août 1944, Les nouveaux pouvoirs

Acte IV- Tout reconstruire.

Dans ce contexte chaotique, sur fond de difficultés très importantes de ravitaillement et d’effort de reconstruction, s’effectue le retour des prisonniers et déportés, à partir du début de l’année 1945, révélant l’horreur des camps.

Le Comité départemental de libération le premier s'inquiète d'une prise en charge matérielle et surtout humaine de toutes ces personnes dès leur retour.

[…] après audition des services compétents, il nous est apparu que les problèmes urgents étaient celui de l’habillement des rapatriés et celui des maisons de repos.

Extrait d’une correspondance du président du comité régional de libération relative au rapatriement des prisonniers et déportés, 18 avril 1945

Plusieurs personnalités de l'Hérault arrêtées puis déportées reviendront des camps, parmi elles, Vincent Badie, député de l'Hérault et l'Abbé Paul Parguel.

Extrait du journal « la Voix de la Patrie » contenant le témoignage de Vincent Badie, député de l’Hérault, déporté au camp de Dachau, 16 mai 1945

Extrait d’une demande de prime de déportation et d’établissement de carte officielle de déporté politique du 8 janvier 1946, de l’abbé Paul Parguel, arrêté par la Gestapo le 8 mai 1944,  (cote ADH : fonds de l’Office national des anciens combattants, 13 W 182)

Certaines familles recherchent leurs proches...

Suivant l’avis paru dans la presse voici les renseignements concernant le déporté politique Klarsfeld Arno arrêté à Nice […] le 30 septembre 1943 […] par la Gestapo. »

Note de Mme Klarsfeld à la recherche de nouvelles de son mari, Arno Klarsfeld, déporté vraisemblablement en Allemagne, 1945

Ces notes adressées par les familles ont permis la constitution de listes de déportés non rentrés des camps. Ces listes sont conservées dans le fonds du C.D.L. sous la cote 138 W 24.

... et pleurent leurs disparus.

Mon fils […] a été arrêté le 21 juillet 1943 à Montpellier par la Gestapo […]. Il fut ensuite dirigé sur Compiègne, où il est resté jusqu’au 17 janvier 1944 […]. […] Depuis nous n’avons plu eu aucunes nouvelles. […] Nous avons écrit à maints endroits mais personne ne peut rien nous dire. Je dois vous dire qu’il était membre de la Résistance. […]»
Cette lettre a été adressée au président du comité local de libération. Ce dernier l’a transmise au sous-préfet de Béziers. Ce dernier lui fera savoir qu’elle devra se présenter aux services de la Croix-Rouge susceptibles de la renseigner.

Lettre d’une mère à la recherche de son fils disparu, 27 septembre 1944

[…] le soldat dit BAYARD […] a été tué accidentellement le 4 juin 1944, et inhumé sur le territoire de la commune de Salles-Courbatiers.
[…] il résulte que ce soldat se nommerait COSTARIGOT, et que sa mère serait domiciliée à Béziers […].
Il conviendrait de prévenir la famille de cette situation et lui permettre de faire valoir ses droits.

Copie d’une note du sous-préfet de Villefranche-de-Rouergue au préfet de l’Aveyron, transmise au sous-préfet de Béziers, relative à un résistant originaire de Béziers mort et inhumé dans l’Aveyron, décembre 1944

Les autorités sont également obligées d’effectuer les formalités nécessaires pour les soldats allemands décédés au moment des combats de la libération.

Lors des combats qui ont eu lieu à ST. PONS les 20 et 21 AOUT 1944, il a été relevé les corps de 24 soldats allemands, dépourvus de pièces d’identité.
[…]
J’ai l’honneur de vous prier de me faire connaître les termes dans lesquels l’acte de décès doit être rédigé.

Correspondance du président du comité local de libération de Saint-Pons-de-Thomières au sous-préfet de Béziers concernant la rédaction des actes de décès pour des soldats allemands anonymes tués les 20 et 21 août 1944, 7 septembre 1944

Un recensement des victimes de la guerre est réalisé. Il concerne les victimes civiles, les personnes assassinées par les Allemands, la Milice ou la Gestapo, les sinistrés, les réfugiés provenant d’autres régions, les personnes évacuées dans d’autres départements, les déportés politiques et du S.T.O., les immeubles détruits ou endommagés.

Tableau de recensement des victimes de la guerre pour la région du Languedoc-Roussillon, chiffres arrêtés au 15 février 1945 (cote ADH : fonds du Commissariat régional de la République, 999 W 122)

Le département doit panser ses plaies, se reconstruire et effacer les traces de cette guerre pour s’engager dans un avenir meilleur.

Compte rendu de l’ingénieur des travaux publics pour la remise en état du terrain d’aviation de Béziers-Saint Privat, 11 septembre 1944 (cote ADH : fonds de la sous-préfecture de Béziers, 12 W 694)

Dans son rapport au ministre de l'intérieur, le sous-préfet de Béziers énonce les conséquences de la guerre sur l’activité agricole, industrielle et touristique.

La récolte pour la vigne a fortement diminué car « les surfaces plantées ont considérablement diminué » et « les vignes n’ont pas été suffisamment cultivées ».
Il examine la situation des différentes branches qui relèvent de l’activité industrielle. D’une manière générale, la situation n’est pas brillante. Les différentes productions reprennent progressivement mais difficilement. Les secteurs les plus actifs sont les tartres, les carrelages, les filatures, les équipements ferroviaires (établissements Fouga), les matériels viticoles et vinicoles (surtout à la veille des vendanges).
Sur le plan touristique, le sous-préfet constate le déclin des stations balnéaires. « La guerre a très gravement éprouvé les stations balnéaires de VALRAS et du GRAU D’AGDE. Les destructions d’immeubles ont empêché de recevoir les nombreux estivants accoutumés à visiter ces plages. » En revanche, « la station de Lamalou-les-Bains a connu cette année un certaine activité. […] On compte recevoir l’été prochain 3.000 baigneurs. »
Le sous-préfet conclut que la production viticole « qui constitue sa source principale de richesse » ne retrouvera son niveau d’avant-guerre « que si les viticulteurs disposent de moyens matériels et financiers suffisants pour l’exploitation de leur entreprise agricole ». « […] l’activité économique ne pourra reprendre son rythme d’avant-guerre qu’à la faveur d’un retour progressif à la liberté. »
 

Extrait du rapport du sous-préfet de Béziers au ministre de l’Intérieur, [1947] (cote ADH : fonds de la sous-préfecture de Béziers, 785 W 93)

Tous les Français seront sollicités pour participer à l'effort de recontruction du pays

Publicité pour l’achat de timbres-épargne pour la reconstruction de la France sous forme d’une sorte de maquette de village cartonnée, sd. Cette publicité a été utilisée dans son verso en tant que pochette pour un dossier administratif.