Vous êtes ici

Août 1944, l'Hérault libéré ! - Découverte

Photographie des dégâts causés par le bombardement de Frontignan
Photographie des dégâts causés par le bombardement de Frontignan

cote ADH : fonds du cabinet du préfet pendant la Seconde Guerre mondiale, 1000 W 325...

Souvenons-nous qu’il y a 70 ans, l’Hérault retrouvait sa liberté après un long et douloureux conflit qui mit à mal les populations et l’économie du pays. En 1944, il est temps de reconstruire et de restaurer l’ordre républicain. Les archives nous en tracent les étapes.

Acte I - Août 1944, l’Hérault libéré ! La Résistance entre en action

Si les « combats de Douch » près de Rosis en septembre 1943 marquent une étape décisive dans les actions de la Résistance, alors embryonnaire, au point que le général de Gaulle les qualifie « d’une sorte de signal » dans ses Mémoires, c’est véritablement à partir du printemps 1944 que son activité va s’intensifier : bombardements alliés de plus en plus nombreux, montées aux maquis impulsées par le débarquement de Normandie  puis celui de Provence, opérations de la Résistance récurrentes surtout dans les hauts cantons héraultais. De nombreuses villes du département, font ainsi l'objet de bombardements.

La ville de Béziers sera particulièrement touchée le 5 juillet 1944 comme le relate le chef urbain de la défense passive :

L’alerte sonnée par les sirènes à 12 heures 35 a duré jusqu’à 14 heures 40.
Les lieux de l’attaque ont été dans la Paine St Pierre, le quartier de Gargailhan et le Pech Gausselet.
Béziers a reçu 4 vagues, le sens général des attaques étant dans la direction nord-sud […]. »
[…] 
« [Les avions anglo-américains] étaient environ 120 à 150.
500 bombes ont été lachées sur la ville de Béziers.
100 bombes ont été lachées sur les installations de la S.N.C.F.
75 bombes ont été lachées sur les établissements Fouga. »
[…]
« Nous avons eu 20 tués et 53 blessés.

Compte rendu détaillé de l’attaque aérienne de Béziers du 5 juillet 1944 par le chef urbain de la défense passive de Béziers, 27 juillet 1944

 

En août 1944, c'est la zone côtière qui est la cible des avions alliés.

Au cours de l’alerte de ce jour qui a eu lieu de 10 heures à 12h.08, la zone interdite côtière a été attaquée par des bombardiers américains. 

Note des Renseignements généraux relative au bombardement de diverses localités dans le secteur de Béziers-Saint-Pons, 12 août 1944

Certains le paieront de leur vie : à Pézenas, ont lieu les obsèques d'un aviateur américain.

J’ai l’honneur de rendre compte des obsèques, ce jour, à Pézenas, d’un aviateur américain, abattu hier au cours d’un mitraillage de routes.
Le corps […] a été inhumé au milieu d’un afflux de toute la population.
 

Compte rendu du maire de Pézenas au sous-préfet de Béziers concernant les obsèques d’un aviateur américain, 19 août 1944

La Résistance, qui voit ses effectifs se renforcer, se montre de plus en plus offensive sur le terrain en s’attaquant aux points stratégiques : lignes de chemin de fer, réseau de distribution électrique, mines, ponts… En outre, elle mène de nombreuses opérations dans le but de s’approvisionner en armes, argent, produits alimentaires, tabac, véhicules…

Dans la nuit du 12 au 13 août 1944, la quasi-totalité des gendarmes […] ont abandonné leur caserne pour une direction inconnue.
[…]
On suppose que tous les gendarmes ont rejoint le maquis.

Note des Renseignements généraux relative au départ des gendarmes dans le secteur de Béziers-Saint-Pons, 14 août 1944

Notes des Renseignements généraux faisant part de différentes attaques de la Résistance : réquisition d’une automobile à La Salvetat-sur-Agout, vol d’argent à Péret (7 août 1944), destruction d’une ligne électrique Bousquet-d’Orb et d’un pont sur une voie ferrée près de Roujan (10 août 1944)

Notes des Renseignements généraux faisant part de différentes attaques de la Résistance : réquisition d’une automobile à La Salvetat-sur-Agout, vol d’argent à Péret (7 août 1944), destruction d’une ligne électrique Bousquet-d’Orb et d’un pont sur une voie ferrée près de Roujan (10 août 1944)

Les habitants de l'Hérault commence à prendre conscience de l'imminence d'une libération...

Les rapides succès obtenus par les forces anglo-américaines en Normandie et en Bretagne ont été accueillis avec une grande satisfaction par la majorité de la population […].
[…]
D’une façon unanime, on pense que les jours prochains vont être décisifs pour l’avenir de la France.

Note des Renseignements généraux sur la réaction de l’opinion devant les événements militaires, 7 août 1944

...surtout après l'annonce du nouveau débarquement en Provence.

La population a accueilli avec satisfaction la nouvelle du débarquement des forces Franco-Anglo-Américaines sur la côte d’Azur.

Depuis, elle suit avec la plus grande attention les nouvelles […].

Note des Renseignements généraux sur l’attitude de la population suite au nouveau débarquement en Provence, 17 août 1944

Les Allemands se retirent...

Début 1947, dans son rapport au ministre de l’Intérieur, le sous-préfet de Béziers retrace les différents combats menés par la Résistance dans son arrondissement, en cet été 1944.

Extrait du rapport du sous-préfet de Béziers au ministre de l’Intérieur, [1947]

 

A partir du débarquement de Provence du 15 août 1944, les autorités allemandes ordonnent l’évacuation de leurs troupes, qui, dans leur déroute, se livrent à d’ultimes pillages, dégradations et vols surtout de moyens de transport de toutes sortes.

[…] lors de la retraite précipitée des troupes d’occupation, les colonnes cantonnées dans la commune ou de passage se sont rendues coupables de nombreux vols importants, notamment 41 chevaux attelés et une dizaine de bicyclettes [….]. 

Compte rendu du maire de Villleneuve-lès-Maguelone au préfet de l’Hérault signalant les vols commis par les troupes d’occupation lors de leur départ précipité, 5 septembre 1944

 

Le 22 août 1944, les allemands nous ont incendié la maison d’habitation, il n’a resté que les 4 murs, tout a brulé.

Demande d’indemnisation suite à l’incendie d’une maison au Poujol-sur-Orb par les Allemands le 22 août 1944, 5 janvier 1945

 

De passage dans notre village […] une colonne allemande a pillé les maisons, la nôtre plus qu’aucune d’une façon indescriptible […].

Déclaration (13 septembre 1944) et procès-verbal de gendarmerie (14 septembre 1944) relatifs à des pillages à Saint-Pierre-de-la-Fage lors du passage d’une colonne allemande le 23 août 1944

Déclaration d’un vol de vélo sur la route Montpellier-Ganges par une colonne allemande se dirigeant sur Montferrier le 24 août 1944, 26 août 1944

Après de simples dégats matériels et vols, les colonnes allemandes vont, malheureusement, commettre des actions plus graves.

 Ce matin, vendredi 25 août à 8 heures 15 une colonne allemande composée de 2 à trois mille hommes […] a traversé ma commune venant du côté d’Olonzac et se dirigeant vers Cébazan ou Saint-Chinian. A son passage, un groupe s’est détaché de la colonne […] il s’est mis à piller le village. […] en un mot tout ce qui leur plaisait a été emporté. Une jeune femme […] a été violentée après lui avoir pris tout son argent […].
[…]
Nous n’avons dans la commune ni morts ni blessés à déplorer.
Les femmes, les enfants et des hommes […] sont dans la campagne et s’apprêtent à y passer la nuit de crainte du passage d’une nouvelle colonne.

Compte rendu du maire de Villespassans au préfet de l’Hérault relatant les exactions commises par les troupes allemandes lors de leur passage dans la commune le 25 août 1944, 25 août 1944

 

Les plus ardents partisans du régime de Vichy fuient également.

On apprend que le départ de la plus grande partie de Miliciens de la région de Béziers s’est effectuée ou s’effectue actuellement sur ordre de leur chef.

Note des Renseignements généraux signalant le départ de miliciens de Béziers, 17 août 1944

Les organisations clandestines de la Résistance lancent des appels à la grève et à l’insurrection.

Français, aux armes ! »
[…]
L’heure est venue pour les patriotes du midi

Tract du comité directeur du Front national, sd

Le Comité Départemental de la Libération Ordonne la grève générale

Tract du Comité départemental de Libération et du nouveau préfet de l’Hérault encore anonyme, 19 août 1944 (cote ADH : fonds du Commissariat régional de la République, 999 W 75)

 

Dans leur retraite, les colonnes allemandes se heurtent aux groupes armés de la Résistance. Dans l’Hérault, l’affrontement le plus connu est le combat de Montferrier du 24 août.

Note adressée au Commissaire de la République pour l’informer de la position des troupes allemandes et des événements en cours, 24 août 1944

Récit du combat de Montferrier extrait d’une publication « La libération de Montpellier, août 1944. Le combat de Montferrier »