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Carte du grau d'Agde (1698) - Zoom sur...

Agde
Carte du grau d'Agde, 1698 (ADH, C 4268/1)
Carte du grau d'Agde, 1698 (ADH, C 4268/1) Archives départementales de l'Hérault

Les plans de ports du Languedoc : pour une histoire de l'espace littoral aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Stéphane Durand > Page d'introduction > Le port d'Agde

 

Cette carte du grau d'Agde (C 4268/1) représente les aménagements préconisés par l'ingénieur Niquet au début de l'année 1698. Elle accompagne le devis du 15 avril 1698, figurant dans la même liasse d'archives de l'intendance (ADH, C 4268, « Devis ou instruction des ouvrages a faire au grau d'Agde pendant la presente année 1698 », du 15 avril 1698. NB : le plan coté C 4268/2 n'est qu'une autre version du même plan, sans date ni signature). Ainsi, aucun des aménagements figurés sur le plan n'existe à la date d'élaboration du document.

Cette « Carte  du grau d'Agde », datée du 8 mars 1698, place l'est en haut de la feuille. Elle est signée Antoine Niquet, ingénieur du roi.

Carte du grau

Carte du grau d'Agde, 1698 (C 4268/1)
(Cliquer ici pour agrandir l'image)

 

En bas à gauche : « fait a Narbonne le 8e mars 1698 Niquet »
Sur le plan, les lettres A, B, C, D, E et G
Les trois schémas en coupe sont respectivement intitulés « Plan du dessus du môle », « Vüe ou elevation du môle » et « Profil du môle ». Sur ces coupes figurent les dimensions des différents éléments (cf. ci-dessous).
En haut à gauche, la mention « quatre f. »

Contexte

Après les travaux d'aménagement du port de Brescou, au cap d'Agde (1633-1655), puis ceux de curage du cours de l'Hérault (1665-v. 1670), le pouvoir royal décide de lancer un chantier pour l'amélioration du grau d'Agde au sortir de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1697). Il s'agit de « nettoyer le lit de la riviere de l'Herault a son emboucheure dans la mer » (ADH, C 7293, délibération des Etats du jeudi 9 janvier 1698) car la conjoncture économique est favorable au commerce maritime. Au sein des Etats, le maire d'Agde appuie cette initiative royale. Sous la pression, l'assemblée provinciale décide finalement de contribuer au financement des travaux (ADH, délibération des Etats du lundi 20 janvier 1698). L'ingénieur du roi peut alors mettre la dernière main au devis et au plan des travaux.

Analyse des éléments représentés sur le plan.

Les éléments naturels

Le plan représente les dernières centaines de toises du cours de l'Hérault et son embouchure dans la mer. Les rives du fleuve sont dissymétriques, ne serait-ce que parce que l'embouchure est plus étroite que le cours en amont ; les eaux fluviales pénètrent dans la mer le long d'une rive droite globalement rectiligne. Quant à la rive gauche, elle présente un renflement séparé de la mer par une presqu'île longue d'environ 200 toises et large d'environ 70 à 100 toises (140 à 200 m). En outre, la rive droite est marquée par la présence de fossés de drainage qui témoignent de sa faible pente.

L'ingénieur conçoit qu'il lui faut stabiliser le cours du fleuve à l'endroit de son embouchure (ou « grau »), ceci afin de faciliter le passage des bâtiments qui remontent vers le port fluvial d'Agde (ou en viennent). D'où la conception d'infrastructures portuaires là où il n'y avait rien.

Les infrastructures portuaires

Elles consistent en une système de jetée composé de deux parties, une sur chaque rive.

Dans le prolongement de la rive gauche figure une jetée notée CD, avancée dans la mer sur 200 toises et recourbée vers l'extérieur à hauteur de sa tête, en D.

Le « profil du môle » dressé en E et figuré en haut à droite du plan précise la structure de la jetée. Elle doit être constituée d'une ligne de pieux ou « pilots » de bois (le devis du 15 avril 1698 précise qu'ils pourront être « d'orme, de pin, de sapin, de fau [hêtre] ou de tous ces bois meslez ensemble », mais l'orme et le chêne devront être utilisés dans la partie la plus avancée dans la mer) de 20 pieds de long (le devis mentionne de 16 à 18 pieds) et de 10 à 12 pouces de diamètre (selon le devis, « escorce non comprise »), enfoncés dans le sable du grau et solidarisés par des planches ou « longerines » de bois de 6 pouces d'épaisseur et de 9 pouces de large (cf. cotes des figures F et E). Ces pièces de bois seraient « attachées de part et d'autres avec de grands boulons de fer bien clavetez ». A l'arrière de cette ligne, la jetée serait faite de grosses pierres perdues - au moins 3 pieds de long (env. 1 m) - sur une largeur de 6 pieds au sommet.

La figure F donne une représentation de cette jetée en élévation tandis que la figure H la montre en plan. Ce que le plan ne montre pas, c'est que la jetée devrait être bâtie à fleur d'eau. Ce que le devis n'explique pas, c'est la conception de la tête du môle.

La rive gauche devrait être stabilisée par la construction d'une digue brisée en GAB. En ce qui la concerne, le plan est plus bavard que le devis, qui n'évoque que la partie AB, laquelle devrait être « pilotée » comme la jetée CD.

Le plan suggère que la digue GA ne serait faite que de pierres perdues tandis que la digue AB ne serait constituée que d'une série de pieux, reliés par une seule ligne de longuerines clavetées.

Les autres bâtiments

Le plan ne représente malheureusement aucune trace d'occupation humaine sur les rives du fleuve, hormis les fossés de drainage de la rive droite.