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Des toiles pour les cinq sens de la nature : l'atelier du peintre Samuel Boissière (1703) - Zoom sur...

Alexandre offert en sacrifice sur le tombeau d'Achille (Samuel Boissière)
Alexandre offert en sacrifice sur le tombeau d'Achille (Samuel Boissière) © Musée Fabre, Montpellier Agglomération (cliché F. Jaulmes)

Les archives hospitalières contiennent des documents inattendus. Des successions de grandes familles de Montpellier se retrouvent ainsi dans les archives de gestion des établissements hospitaliers. Dans les archives de l'Hôpital général de Montpellier se trouve celle du peintre montpelliérain Samuel Boissière (1620-1703). Celui-ci légua en effet par testament l'ensemble de ses tableaux au bénéfice des pauvres et indigents de la ville.


Inventaire des toiles de l'atelier du peintre Samuel Boissière (1703).
(ADH, 3 HDT B 49, fol. 2)


Inventaire des toiles de l'atelier du peintre Samuel Boissière (1703).
(ADH, 3 HDT B 49, fol. 1)


Inventaire des toiles de l'atelier du peintre Samuel Boissière (1703).
(ADH, 3 HDT B 49, fol. 4)


Inventaire des toiles de l'atelier du peintre Samuel Boissière (1703).
(ADH, 3 HDT B 49, fol. 3)

Dans la liasse en question se trouve un cahier écrit de la main du peintre. Daté du 10 janvier 1703, il s'intitule « Roolle de mes tableaux que i'ay en mon pouvoir, leur nombre et leur prix. ». On y trouve l'énumération des toiles que l'artiste conservait dans son atelier quelques jours avant son décès.

C'est ainsi que l'on y remarque plusieurs toiles d'après Poussin, influence majeure du peintre (Le Christ au Sépulcre, la Nourriture de Bacchus  et deux paysages).

Un grand tableau reprenant l'œuvre de Rubens, Les cinq sens de la Nature, y est listé avec un petit historique sur la vente dont rêvait Boissière : « Un tableau de Rubens representant les Cinqs cens de Nature. I'en ay refusé trois cens pistoles d'or de Mr Defores peintre de Paris qui vint exprès à Lyon ou i'éstois, à dessein de l'acheter pour Monseigneur le Duc de Richelieu, et à qui ie ne voulus pas le donner pour ce prix, ainsi qu'il fut connu à tout Lyon, mais vous le donnerés pour mille escus. » Une note marginale des gestionnaires de l'hôpital précise qu' « il faut vendre ce tableau le plus tard qu'on pourra, car si le Roy venoit dans ce pays et que ce tableau luy fut connu, il en donneroit pour le moins cinq cens pistoles ».

D'autres copies sont énumérées (Van Dyck, Titien, Parmigiano, Rubens, Augustin Carrache, Raphaël), à côté de productions propres, avec l'indication des sujets (mythologie, Ancien et Nouveau Testament, allégories). Ce document constitue autant un inventaire précis de l'atelier d'un peintre montpelliérain au tout début du XVIIIe siècle, qu'une source pour mieux cerner le goût et l'iconographie les plus en vogue à cette époque.


Samuel Boissière, Alexandre offert en sacrifice sur le tombeau d'Achille
(Musée Fabre, inv. 2002.8.1) H.: 0,360; L.:0,500. © Musée Fabre, Montpellier Agglomération (cliché Frédéric Jaulmes)

Un tableau de ce peintre ornait l'ancienne chapelle de l'Hôpital général (actuelle maison des Chœurs). Un autre, intitulé Alexandre offert en sacrifice sur le tombeau d'Achille, est aujourd'hui visible au Musée Fabre. L'épitaphe de Boissière, placée autrefois dans la chapelle de la corporation des peintres, sculpteurs et architectes de la ville, dans l'église des Augustins, est aujourd'hui conservée dans les collections de la Société Archéologique de Montpellier. Mais cet artiste est surtout connu pour le soufflet qu'il aurait reçu en 1657 dans la cathédrale de son plus illustre concurrent Sébastien Bourdon, dont le tableau fut préféré au sien pour orner le maître-autel de Saint-Pierre de Montpellier.


Carte postale représentant la façade de l'hôpital général au début du XIXe s. (ADH, 2 Fi CP 4044)