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Historique de l'Hérault jusqu'à la Révolution - Fiche de présentation

Vie de saint Benoît dans le cartulaire d'Aniane (Cote ADH, 1 H 1)
Vie de saint Benoît dans le cartulaire d'Aniane (Cote ADH, 1 H 1) Archives départementales de l'Hérault
Les origines

 

Hérault position
 

Les premiers vestiges de l'activité humaine sur le territoire actuel du département remontent à 700 00 ans. Au premier âge du fer coexistèrent des Celtes, venus de la région rhénane, des Ibères, ayant franchi les Pyrénées et des Ligures venus d'Italie du Nord. Après la fondation de Marseille par les Phocéens, vers 600 avant notre ère, la région entra en contact avec les commerçants grecs, qui fondèrent le comptoir d'Agde (Agathé Tyché)

La région passa au IIe siècle avant J.-C. sous la domination romaine. La colonie romaine de Narbo Martius (Narbonne), fondée en 118 av. J.-C., devint au siècle suivant la capitale d'une nouvelle province romaine, la Narbonnaise, incluant tout le territoire du futur Languedoc, du Roussillon et de la Provence. La pax Romana permit l'épanouissement d'une civilisation gallo-romaine. La présence romaine fut renforcée par la création de nouvelles colonies : Béziers (Colonia Julia Baeterrae Septimanorum) en 36 av. J.-C., sur la place d'un ancien oppidum celtibère, puis Lodève (Forum Neronis), Saint-Thibéry (Cessero) et Pézenas (Piscenae). La via Domitia, reliant l'Italie à l'Espagne par Nîmes, Béziers et Narbonne, constituait l'axe vital de la province.  



Parcours de la via Domitia 
Parcours de la via Domitia

 

Au Moyen Âge

Vue du chevet de l'abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert, dessin à la plume (s.d.), cote ADH : 2 Fi 1712
Vue du chevet de l'abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert, dessin à la plume (s.d.). ADH, 2 Fi 1712
 

 

Du IIIe au VIIIe siècle, la région subit les invasions des Alamans, Vandales, Wisigoths, Francs et Sarrasins. Après une courte période musulmane, la région fut reconquise par les Francs. La décadence carolingienne aux IXe et Xe siècles entraîna l'éclatement du pouvoir entre de multiples seigneurs locaux.

Dans le même temps, le christianisme s'était implanté et structuré autour des quatre évêchés de Béziers, Agde, Lodève et Maguelonne. Benoît d'Aniane réforma l'ordre bénédictin, avec le soutien des Carolingiens. Guillaume d'Orange, héros d'une chanson de geste, fonda l'abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert.

Après l'an mille, la région connut un nouvel essor, grâce aux défrichements, au commerce du sel et de la vigne. Montpellier, apparu dans les textes en 985, se développa rapidement et devint une grande ville marchande et le siège d'une université de médecine (1220) au rayonnement européen. Partout les villes s'animèrent et conquirent leur autonomie, avec la naissance à partir de 1130 des consulats. Une langue nouvelle, issue du latin, la langue d'oc, donna son nom et la contrée et fut magnifiée dans la poésie des troubadours, qui diffusa l'idéal courtois dans toute l'Europe.

La diffusion du catharisme au XIIe siècle, surtout dans le Haut-Languedoc autour de Toulouse, mais aussi à Béziers, sous la protection du vicomte de la cité provoqua une réaction de l'Église. Cette hérésie donna le prétexte aux barons du Nord et à la royauté de s'implanter dans le Languedoc, aux dépens des comtes de Toulouse qui avaient peu à peu unifié la région à leur profit. Le pape Innocent III appela à la croisade contre cette religion dualiste du bien et du mal, qui prétendait retrouver la pureté de l'Église primitive. Par le traité de 1229 et la mort en 1271 de Jeanne, fille de Raymond VII de Toulouse, tous les biens du comte de Toulouse furent rattachés à la couronne. La province fut dotée d'institutions royales : un parlement, établi à Toulouse (1420), une cour des aides (1478) et une chambre des comptes (1523) à Montpellier. La seigneurie de Montpellier appartenait depuis 1349 au roi de France, qui l'avait rachetée au roi Jacques III de Majorque.

L'essor démographique et économique, avec le développement des foires de Pézenas et de Montagnac, fut interrompu par la peste de 1348 et les ravages de la guerre de Cent ans. Montpellier cependant prospérait grâce notamment au commerce avec la cour pontificale d'Avignon. Pendant dix années avant sa chute en 1451, Jacques Cœur fit de Montpellier l'un des centres de son réseau commercial international. 

 

Un cathare condamné au bûcher. Extr. de : E. Roschach, Histoire graphique de l'ancienne provinace du Languedoc, Toulouse (éd. Privat), 1905, p.43. Photographie, cl. H. Gehendges. Cote ADH : BRC 71

Un cathare condamné au bûcher. Extr. de : E. Roschach, Histoire graphique de l'ancienne provinace du Languedoc, Toulouse (éd. Privat), 1905, p.43. Photographie :  H. Gehendges. ADH, BRC 71


 

L'époque moderne

Port de Sète
Le port de Cette vu de l'Est. Collection des ports de France dessiné pour le roi, 1776. ADH, 9 Fi 171

 

L'influence de la Réforme protestante pénétra profondément la province et provoqua des guerres violentes à partir de 1560, auxquelles l'édit de Nantes (1598) n'apporta qu'une trêve provisoire. Elles se poursuivirent par la révolte des protestants conduite par le duc de Rohan (1621-1629) et, après la révocation de l'édit de Nantes (1685), par la guerre des Camisards (1702-1704). L'intendant, siégeant à Montpellier, s'affirma peu à peu comme l'homme fort de la province et le représentant du roi dans la province. Les États de Languedoc, composés des évêques des 22 diocèses, de 22 barons et de 44 représentants de communes, se réunissaient chaque année pour établir l'impôt, réparti grâce à l'estimation des biens figurant dans les compoix de chaque communauté.

La construction du canal des Deux-Mers, entre 1666 et 1681, reliant la Garonne à la Méditerranée, favorisa les relations commerciales. Pour lui donner un accès à la mer, Colbert fit construire le port de Sète. Au XVIIIe siècle se développèrent les industries textiles et chimiques, tandis que la vigne continuait son essor. La vie intellectuelle se développa sous l'impulsion des sociétés royales scientifiques de Béziers et de Montpellier, qui collaborèrent à l'Encyclopédie. 

"Projet d'un pont aqueduc et d'un nouveau canal" où l'on voit les écluses de Fonséranes, 1740. Cote ADH : C 4249
"Projet d'un pont aqueduc et d'un nouveau canal" où l'on voit les écluses de Fonséranes, 1740. ADH, C 4249

L'époque révolutionnaire

 

 

Buonaparte, général en chef de l'armée d'Italie". Dessin à la plume dans un abécédaire de 1802. Archives Labry, La Boissière. Photographie, cl. H. Gehendes. Cote ADH : Ph 1433
"Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie". Dessin à la plume dans un abécédaire de 1802. Archives Labry, La Boissière. Photographie : H. Gehendes. ADH : Ph 1433


Montpellier était le siège des Etats du Languedoc, de l'intendance, du gouvernement ; elle avait une Cour des Comptes, Aides et Finances, une chambre des trésoriers de la Bourse, un évêché, une grande université ; lorsque la Révolution éclata, la puissante bourgeoisie administrative, empreinte de la philosophie des Lumières, allait se trouver au cœur de la contestation. Les cahiers de doléances exprimèrent les revendications habituelles : abolition du régime féodal, suppression des impôts indirects, égalité devant les impôts directs, abolition de la torture, de la vénalité des charges et, plus significatif de la région, émancipation des protestants. Aux Etats généraux de 1789, le Languedoc envoya des hommes modérés, des négociants, des hommes de loi. L'annonce des évènements parisiens, connus avec un délai d'une semaine environ, ne suscita pas de vrai trouble, la Grande Peur ne faisant qu'effleurer le pays.

L'organisation provinciale et municipale de l'Ancien Régime disparut et l'ancienne province de Languedoc fut divisée en huit départements : Ardèche, Aude, Gard, Haute-Garonne, Hérault, Haute-Loire, Lozère et Tarn. La vente des biens d'église et des communautés religieuses (2 novembre 1789) n'eut qu'en faible incidence sur le transfert des richesses, le nombre des ventes fut faible. Mais la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790) déclencha des émeutes contre les prêtres jureurs et la fuite des réfractaires vers les Cévennes.

La fuite du roi, connue le 26 juin 1791, provoqua un vif émoi et un début de jacquerie : des bandes armées attaquèrent les châteaux (Arboras, Saint-André, Saint-Félix, Jonquières). La dégradation de la situation intérieure conforta les menées contre-révolutionnaires, qui se concentrèrent du côté des Cévennes (camp de Jalès, février-juillet 1792), suscitant en retour des offensives patriotes dans l'Hérault : incendies de châteaux à Ganges, à Assas, pillage du château de Castries.

En 1792, 5 anciens députés de l'Assemblée législative (Cambon, Bonnier d'Alco, Curée, Viennet, Rouyer) et 4 nouveaux (Cambacérès, Brunel, Castilhon, Fabre) se retrouvèrent à la Convention . La République fut accueillie avec enthousiasme par les sociétés locales des Amis de la Constitution et de la Liberté, qui prirent le nom de sociétés populaires.

L'année 1793 vit la crise intérieure s'aggraver et la guerre menacer le Roussillon. L'inflation, à son maximum, la pénurie céréalière poussaient les municipalités à se constituer des stocks. Sous le contrôle des sociétés populaires, elles réglementèrent la boulangerie et instaurèrent le pain unique, le " pain de l'égalité ". Le Comité central de surveillance de Montpellier, créé en avril 1793, commença la chasse aux suspects et, en réponse à l'appel de Robespierre de lever une armée révolutionnaire de sans-culottes, décidait la création d'un bataillon de 5000 volontaires pour aller au secours de la République.

La rivalité entre Girondins et Montagnards, puis la chute des Girondins, en mai 1793, suscita la rébellion fédéraliste dans le bas Languedoc, qui eut un effet limité dans l'Hérault. Le département finit par ratifier la Constitution de 1793, et le maire fédéraliste de Montpellier, Jacques Louis Durand, fut guillotiné en 1794. à Montpellier La Montagne trouvait ses appuis locaux dans l'activité des sociétés populaires (Montpellier, Sète, Béziers...) qui décernaient les certificats de civisme et dénonçaient les fédéralistes, et de ses représentants en mission (Bonnier d'Alco et Voulland), chargés du maintien de l'ordre et de l'épuration des administrations. Boisset, en décembre 1793, renouvela tous les cadres et tenta d'opérer l'apaisement, au vu du climat de suspicion entretenu par les sans-culottes ; désavoué par les sociétés populaires, il dût partir (février 1794).

Au printemps 1794, la Terreur se déploya, mais un peu moins que dans le Gard ou la Lozère : le tribunal criminel siégeant " révolutionnairement " envoya 36 condamnés à la guillotine, place de la Révolution (place du Peyrou). Le Roussillon fut envahi par les Espagnols et le port de Sète placé en état de guerre. Les troupes sillonnaient le département, à Montpellier les ateliers de confection et les raffineries de salpêtre (à la Merci, aux Augustins) fonctionnaient à plein régime pour l'armée.

Après Thermidor, les autorités se rallièrent à la majorité conventionnelle et au vote de la Constitution de l'an III, qui apaisa les esprits. Le pays était dans un dénuement extrême. Les années 1795-1796 furent jalonnées par des émeutes de la faim, des pillages et des brigandages, dans la région de Ganges, Saint-Martin-de-Londres, Aniane. Au nord du département, les contre-révolutionnaires de la bande de Solier dit " Sans-Peur ", lançaient des expéditions punitives contre les patriotes. Le retour à la normale s'effectua progressivement, avec la disparition de l'assignat, en juillet 1796, et la reprise de la libre circulation des biens. Les quelques 200 émigrés du département rentrèrent. La vie culturelle rejaillit, l'enseignement aussi.

Avec la Constitution de l'an VIII une nouvelle organisation administrative se mit en place et le premier préfet de l'Hérault, Pierre Barthélémy Nogaret (1762-1841) s'installa le 25 mars 1800. 

La place de la Comédie à Montpellier, 1849. Aquarelle de D. Schwartz, sergent du génie de garde au poste de l'ancien théâtre. Cote ADH : 2 Fi 973
La place de la Comédie à Montpellier, 1849. Aquarelle de D. Schwartz, sergent du génie de garde au poste de l'ancien théâtre. ADH, 2 Fi 973

 

 

Bibliographie

 

  • CHOLVY Gérard (dir.), L'Hérault de la Préhistoire à nos jours, Saint-Jean-d'Angély, Bordessoules, 1993, 476 p.
  • LAURENT (Robert) GAVIGNAUD (Geneviève), La Révolution française dans le Languedoc méditerranéen, 1789-1799, Toulouse, Bibliothèque historique Privat, 352 p.
  • LEROY-LADURIE (Emmanuel), Histoire du Languedoc, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je ?, 958), 128 p.
  • WOLFF Philippe (dir.), Histoire du Languedoc,Toulouse, Privat, 1967, 540 p.