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Illustre Héraultais : Alexandre Laissac (1834-1913) - Zoom sur...

Affiche électorale, 2T 1381
Affiche électorale, 2T 1381 Archives départementales de l'Hérault

Un élu pionnier de l'aménagement du territoire

Sa vie, sa carrière politique

Natif le 7 novembre 1834, de la commune d’Olargues, située à cinquante kilomètres au nord de Béziers, Alexandre Laissac appartient à une famille modeste. Son père est boulanger et sa mère ne travaille pas. Il apprend à lire dans l’école publique d’un village d’un millier d’habitants dominé par l’économie pastorale.

Durant son adolescence, son père ne cesse de mettre en avant le parcours de son cousin Gustave Laissac (1809-1858), un juriste engagé en politique. Défenseur des ouvriers en grève durant la monarchie de Juillet, il va être nommé procureur général de Montpellier en 1848 avant d’être élu à la députation. Bien que sa carrière politique soit très brève (il est battu un an plus tard), cette brillante ascension sociale ne laisse pas indifférent le jeune Alexandre qui quitte Olargues vers l’âge de dix-huit ans pour aller vivre à Montpellier. Régis Martin qui a retracé sa trajectoire dans un numéro spécial de Mémoire d’Oc (n°142, octobre 2009) indique que les premières années montpelliéraines demeurent encore aujourd’hui pleines d’interrogations :

« Enfant doué, intelligent, travailleur, il fréquente le milieu républicain et le milieu de la viticulture. C’est la partie de sa vie la plus obscure : va-t-il entreprendre des études ? Juridiques, économiques, de lettres ? Son cousin, après son échec électoral partage sa vie entre la capitale et Montpellier. Ira-t-il voir son cousin à Paris ? Probablement ou il s’initiera à l’art oratoire et au goût de la politique ? Quelques temps plus tard son cousin décède à Paris. Alexandre Laissac devient commis négociant à Montpellier ».

Confronté au Second Empire qui ne favorise guère la liberté d’expression, il apparaît sur la scène politique locale dès la proclamation de la République. Le 30 avril 1871, il est élu pour la première fois au conseil municipal de Montpellier. Durant près de quarante année (plus précisément jusqu’en 1910), il reçoit l’onction populaire. Nommé maire par décret présidentiel dès 1878, Alexandre Laissac conserve son fauteuil jusqu’en 1892 puis de 1896 à 1897. Ancré dans la nébuleuse des radicaux-socialistes attentive à la consolidation d’un modèle républicain contesté par la pression des nationalistes au temps de l’affaire Dreyfus, il tient le cap au niveau municipal, tout en étendant son pouvoir notabiliaire en se faisant élire dès 1880 conseiller général du canton d’Olargues. Quatre plus tard, il obtient un poste de vice-président. De 1895 à sa mort, il préside aux destinées d’une assemblée représentative subissant l’emprise du préfet. En effet, la loi du 10 août 1871 donne tout le pouvoir exécutif départemental à ce fonctionnaire nommé en conseil des ministres. Dans le cadre municipal et départemental, Alexandre Laissac se distingue en impulsant une dynamique politique d’aménagement du territoire.

La transfiguration de Montpellier

L’édile va initier d’importants projets urbains donnant un nouveau visage à une ville qui va progressivement s’imposer comme la principale cité du Bas-Languedoc. Avec l’essor du chemin de fer au milieu du XIXème siècle et l’émergence d’une viticulture industrielle, la région connaît une très forte prospérité entrainant un afflux de population. Parmi les premiers chantiers importants, Laissac poursuit l’opération de la « rue Impériale » ou rue Nationale souhaité par le précédent maire Jules Pagézy qui ouvre un axe majeur entre les jardins du Peyrou et l’actuelle rue de l’Aiguillerie.

L’agrandissement de la place de la Comédie doit également être mis à son actif. Il est lié à la reconstruction du théâtre municipal détruit par un incendie en avril 1881. C’est Joseph-Marie Cassien-Bernard, un élève de Charles Garnier, l’architecte de l’opéra de Paris, qui est retenu. Il élabore un projet en harmonie avec les conceptions architecturales prônées par son « maître ».  Ce chantier est concomitant au pavage des rues, à la pose des canalisations permettant la distribution de l’eau courante, à l’arrivée de la « fée électricité »…

Dès 1880, il inaugure des halles « de forme polygonale de 18 côtés réguliers, inscrites dans un cercle de quarante mètres de diamètre, avec un éclairage effectué par un lanterneau à six pans au sommet central de la construction » nous explique Régis Martin. Situées à proximité de la tour de la Babote, elles insufflent une nouvelle vitalité commerciale au quartier de la gare.

Le nom de Laissac restera aussi lié à la construction de l’hôpital suburbain Saint-Eloi. Construit alors à la périphérie de la ville, il doit permettre aux malades de profiter du « bon air » de la campagne. L’architecte a également prévu une meilleure ventilation dans les salles communes, des matériaux spécifiques visant à empêcher le développement des germes…

Libre-penseur, il défend la laïcité au quotidien durant une époque où les relations avec l’Eglise catholique seront très tendues. Pour matérialiser cet engagement, le maire lance le projet de construction d’un lycée de jeunes filles. A ses yeux, l’éducation doit se faire dans un espace exaltant « les idées modernes, les principes démocratiques (pour) éclairer les esprits et les prévenir des mauvaises doctrines ». C’est une première en France saluée par Sadi Carnot, le président de la République de l’époque qui va l’inaugurer en mai 1890.

Ce tour d’horizon témoigne de l’esprit entrepreneurial d’un élu urbain qui, au sein du conseil général, stimule des actions en direction du monde rural.

Le désenclavement de l'ouest héraultais

C’est seulement depuis la loi de Gaston Defferre de 1982 que l’échelon départemental est devenu un acteur territorial de premier plan. Jusqu’alors, le préfet et ses collaborateurs ont entre leurs mains le pouvoir exécutif face à un pouvoir législatif élu. Le budget départemental est certes voté par les conseillers généraux mais ces derniers ne font qu’avaliser un projet concocté par le préfet aidé par les services de l’Etat. Si la marge de manœuvres des représentants de la diversité du territoire demeure limitée, au fil des temps un débat s’installe dans l’hémicycle sur des sujets d’ordre politique. Les années qui précèdent le premier conflit mondial nous en donne un bon exemple.

Notre région ne connaît pas la Belle-Epoque. La crise viticole éclatante en 1907 se manifeste quelques années auparavant par des grèves parfois violentes. Elle se traduit aussi par des échanges houleux avec le représentant du pouvoir central notamment pour remettre en cause la stratégie du gouvernement Clemenceau. Les conseillers généraux multiplient les votes de défiance. Les « vœux » ou les motions des élus, peu écoutées, témoignent d’une amorce d’émancipation démocratique encouragée par Alexandre Laissac.

Cet élu engagé dans les combats de son temps ne délaisse pas pour autant sa contrée d’origines. Très attaché à la commune d’Olargues et à la vallée de la Jaur, il va mettre en œuvre une politique d’aménagement du territoire en s’appuyant sur les connaissances acquises lors de son mandat de maire et en mobilisant son carnet d’adresses personnel pour désenclaver une aire géographique à l’écart des grands centres urbains qu’étaient Montpellier, Béziers et Cette. En effet, ces trois villes avaient fortement bénéficié de la prospérité viticole observable jusqu’à l’orée du XXème siècle.

Il intervient fréquemment pour faciliter la réalisation de routes entre les deux communes les plus attractives de l’époque (Saint-Pons et Bédarieux) pour que les chemins de mulets deviennent fréquentables par les charrettes puis par les premières automobiles. En parallèle, l’enfant du pays relève un tout autre défi en soutenant le projet de la construction de la ligne de chemin de fer entre Bédarieux et Saint-Pons qui passe par Olargues. Le chemin de fer représente une opportunité à saisir. Les lignes construites ont révolutionné l’économie régionale. L’exportation très rapide par exemple du vin sera un facteur d’enrichissement considérable de bons nombres de propriétaires terriens. Tous les métiers dépendant de la filière viticole en récoltent aussi les fruits. Souhaitant intégrer à ce mouvement d’ensemble l’Ouest de l’Hérault, Alexandre Laissac se lance dans de longues négociations lors de réunions organisées dans les villages du secteur concerné car, comme le note Régis Martin, « contrairement à ce que l’on peut penser aujourd’hui, toute la population n’était pas favorable au chemin de fer. Les détracteurs faisaient valoir qu’il y aurait des nuisances, du danger, et que la population jeune quitterait le pays ». Le tracé, les procédures d’expropriations ou encore l’emplacement des gares soulèvent également bien des inquiétudes.

Situées sur la ligne entre Montpellier et Montauban, le tronçon de Bédarieux  à Saint-Pons comprend huit gares : Riols, Premian, Saint-Etienne-d’Albagnan, Olargues, Mons-la-Trivalle, Colombières-sur-Orb, Lamalou-les-Bains et Hérépian. Cinq de ses gares se trouvent dans le périmètre du canton d’Olargues. L’action du conseiller général a sans nul doute était déterminante pour permettre à ces communes de se développer rapidement avec l’arrivée des nombreux curistes attirés par la réputation des thermes de Lamalou, les sites pittoresques de ce Languedoc méconnu qui devient plus facilement accessible aux premiers touristes.

Celui que ses contemporains décrivaient il y a cent ans comme un homme de « haute stature à la figure austère surmontée d’une belle chevelure blanche » a marqué son temps et son territoire d’une empreinte indélébile. Alors que les préoccupations en matière d’aménagement du territoire restent absentes ou secondaires avant la Seconde Guerre mondiale, elles ont pu prendre corps dans l’Hexagone bien avant ce moment clé de notre histoire grâce à l’action de notables visionnaires décidés à renverser les montagnes.

Sources

Dictionnaire biographique de l’Hérault, Paris, Librairie Flammarion / Néauber Editeur, 1904 – Archives départementales de l’Hérault, CRC 1027-2.

Conseil général de l’Hérault. Session extraordinaire de mars 1913. Procès-verbaux des délibérations – 1ère séance – Lundi 10 mars 1913. Un hommage public est rendu à Alexandre Laissac récemment décédé. Archives départementales de l’Hérault, 1 N 407

Yves Billard, « Le conseil général de l’Hérault de 1901 à 1913 », Liame, n°23, 2011.

Régis Martin, « Alexandre Laissac (1834-1913) », Mémoire d’Oc. Groupes d’études languedociennes, n°142, octobre 2009.

Auteur: 
Philippe Secondy, Archives départementales de l'Hérault

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