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Juin 1944, D-Day dans l’Hérault - Découverte

Le 6 juin 1944 débute le débarquement en Normandie. A travers les rapports du Préfet et les notes des Renseignements généraux conservés aux Archives départementales, on découvre l'impact de cet évènement sur la population héraultaise.

Dès le début du mois de juin, circule la rumeur d’un éventuel débarquement dans le Nord et dans le Sud de la France. Sur place, la Résistance est active. Les équipes « Plan vert » de l’Hérault sont en alerte depuis le 1er juin au soir, lorsque la BBC a diffusé le message d’alerte pour notifier l’imminence du Débarquement « À mon commandement, garde à vous ».

Durant tout le mois de juin, l'Hérault aussi connaîtra des moments intenses et tragiques notamment à Capestang et à Béziers où 18 personnes dont une femme furent fusillées.

Tous ces évènements relatés en grande partie par le Préfet de l'Hérault démontrent, une fois encore, qu'il y a 70 ans, même loin des combats et du front de l'Atlantique, les habitants de l'Hérault ont, eux aussi, vécu des heures difficiles.

La rumeur d'un débarquement dans le Sud

Les services des Renseignements généraux font régulièrement remonter au Préfet le risque d'un débarquement imminent : 

Une armée de cinq cent mille hommes serait prête, en Afrique du Nord, pour opérer un débarquement dans le Sud de la France en même temps que dans le Nord.

 

Note des Renseignements généraux du 2 juin 1944 relative aux rumeurs d'opérations de débarquement dans le sud de la France :

 

Le début des opérations

Des messages concernant le déclenchement des opérations sont diffusés sur la BBC le 5 juin 1944 à 20 heures 20 :

« Mathurin aime les épinards » donne le signal de l’exécution du « Plan vert » dans le secteur de Béziers et « Il a rougi, le traître », celui du début de la guérilla.

Les opérations peuvent débuter.

Dans l’Hérault, au cours de la nuit du 5 au 6 juin 1944, l’un des effets du Débarquement en Normandie est le plasticage des voies ferrées par la Résistance selon les directives du « Plan vert ». Francis Jouvin, alias « Capitaine Cabrol » (1918-2010), responsable départemental de ce plan de sabotage depuis janvier 1944 pour la sous-région R 3-2 (Béziers - Bédarieux - Saint-Pons-de-Thomières - Narbonne), doit ainsi assurer la coupure des voies ferrées autour de Faugères et Colombières-sur-Orb.

 

Plan original sur calque de localisation de la coupure n° 214 du « Plan vert » concernant le tunnel ferroviaire de Faugères :

 

L'impact sur la population

Le Préfet Chassaigne, dans son rapport mensuel au Chef du gouvernement, fait part de l'impact du débarquement sur la population de l'Hérault :

Dès que les opérations commencèrent sur notre sol, une vive effervescence se manifesta parmi la population et avec le recul du temps on peut dire que du 6 au 11 juin, la situation fut très instable.

Les actions de sabotages réalisées par la Résistance et les bombardements alliés touchèrent essentiellement les voies ferrées et posèrent de réels problèmes de ravitaillement :

Les voies ferrées ont été coupées pendant plusieurs jours et les perturbations qui en sont découlées pour le ravitaillement obligent à envisager l'avenir avec angoisse.

Les Renseignements généraux, dans le bulletin hebdomadaire de la semaine du 5 au 11 juin 1944, décrivent les réactions de l'opinion publique au regard des évènements d'ordre intérieur :

[…] A la suite du débarquement une grande inquiétude s’est emparée de l’opinion qui ne se livre à aucun commentaire sur la politique intérieure.[…] Dans la journée du 6 juin, la population a appris de très bonne heure la nouvelle , qui n’a pas tout d’abord, provoqué de violentes réactions. […] Les plus avertis cependant, craignent que, sous peu, une diversion ne soit tentée sur les côtes méditerranéennes.[…] Les milieux gaullistes […] se sont peu à peu départis de leur mutisme. Parmi les plus exaltés on a enregistré un certain enthousiasme. Ils se déclarent assurés de la réussite de l’entreprise et font état des déclarations du Premier Britannique sur l’importance des forces navales et aériennes engagées…

 

Rapport mensuel d’information du préfet de l’Hérault, André Chassaigne, pour la période du 1er mai au 30 juin 1944, en date du 11 juillet 1944 :

 

 

Bulletin hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juin 1944 :

Les attaques aériennes alliées

Entre le 27 mai et le 25 juin, les attaques aériennes se sont succédées. Ont été essentiellement visés les gares, le terrain d'aviation de Fréjorgues, les trains, les installations pétrolières et industrielles.

Le 25 juin notamment, « 250 avions, répartis en trois vagues [...] ont attaqué successivement » Sète, Frontignan et Balaruc-les-Bains.

(A Frontignan,) sur les immeubles, les dégats sont très importants. [...] "Les deux-tiers des habitations de Frontignan ont souffert et sont en principe à rebâtir. Les immeubles de la Compagnie industrielle des pétroles sont en grande partie détruits. Quelques réservoirs ont été atteints et incendiés. [...] Les installations ferroviaires ont été touchées et la circulation des trains a dû être arrêtée. Tous les petits commerçants sont sinistrés et l'on ne peut compter pour l'instant que sur le Secours national pour alimenter la population.

A Sète, le quartier des Moulins est tout entier détruit ainsi que les installations de la gare des marchandises. [...] la ville est privée d'eau de gaz et d'électricité.

A Balaruc, 80% des installations des Raffineries du midi sont détruites [...]. Les usines chimiques de Saint-Gobain sont à moitié détruites. L'usine chimique Micro-Couleurs est entièrement détruite. le cargo "El Djezaïr" a été incendié et coulé. En outre, dans l'ensemble, une centaine de maisons ouvrières ont été détruites.

Le nombre des sinistrés est de l'ordre de 1800 pour les trois villes.

 

Rapport mensuel d’information du préfet de l’Hérault, André Chassaigne, pour la période du 1er mai au 30 juin 1944, en date du 11 juillet 1944 :

 

La Résistance héraultaise

Les Renseignements généraux signalent au Préfet la constitution de groupes de Résistance dans le département et recensent les nombreuses actions entreprises par les maquis :

Depuis quelque temps, et notamment depuis le 6 juin, le secteur de Béziers-St Pons […] semble abriter à son tour des formations de résistance, qui cantonneraient dans la partie montagneuse de l’arrondissement de St Pons à Lodève.

Des détachements à effectif approximatif d'une centaine d'hommes ont été signalés successivement à proximité des "Verreries de Moussans" de Saint-Nazaire-de-Ladarez, de Montesquieu.

 

Note des Renseignements généraux du 12 juin 1944 :

D’après des renseignements de source sûre datant du 20 juin 1944, un groupe d’une centaine d’hommes, bien armés se trouveraient dans la grotte de Cauduro, commune de Pardailhan. Il s'agirait en grande partie d'individus du biterrois, ayant pris "le maquis" le 6 juin.

 

Note des renseignements généraux du 21 juin 1944 :

 

6 juin 1944 : les "incidents" de Capestang

Le 6 juin 1944, jour du Débarquement, un groupe de jeunes gens appartenant à la Résistance, après avoir préalablement coupé les lignes téléphoniques, se rend à Capestang. Ils se ravitaillent en armes et denrées alimentaires et chargent des camions réquisitionnés pour l'occasion.

Dans la nuit, ce convoi quitte le village et, sur la route entre Puisserguier et Saint-Chinian, se heurte à des forces militaires allemandes. Lors de cet affrontement, cinq individus sont tués. Les Allemands parviennent à s'emparer de 18 personnes dont une femme. Le convoi franchit le barrage allemand.

Les jours suivants, du 7 au 9 juin, les Allemands, en signe de représailles, feront fusiller les 18 personnes arrêtées, sur la place du 14 juillet à Béziers et enverront, dans le cadre du Service du travail obligatoire, 180 hommes de Capestang âgés de 18 à 45 ans.

 

Rapport du 30 juin 1944 du Commissaire principal des Renseignements généraux de Béziers au Préfet délégué :

Le 7 juin 1944, sont exécutées les 18 personnes arrêtées par les Allemands la veille.

 

Note du Commissaire central de Béziers au sous-Préfet de Béziers du 23 juin 1944  :

 

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