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L’Édit de Nantes (30 avril 1598) - Zoom sur...

Édit de Nantes ; publié au présidial de Montpellier le 12 février 1600 (92 articles).
Édit de Nantes ; publié au présidial de Montpellier le 12 février 1600 (92 articles).

Enregistrement par la cour des aides 1564-1629...

Arch.dept. Hérault 1 B 3
La signature de l’Édit de Nantes, le 30 avril 1598, reste une date fondamentale de notre histoire nationale.
 
Histoire
 
 [La conversion d'Henri IV] [Image fixe] : [estampe] / I. callot. f. D'après Lieure, cette pièce est gravée d'après une estampe de Villamena 
 

Au printemps 1598, la France est épuisée par près de 40 années de guerres religieuses entre catholiques et protestants. Huit conflits se sont succédés, entrecoupés de trêves fragiles et de paix bancales. La monarchie des derniers Valois ( François II, Charles IX et Henri III), hésitante quant à la politique à mener vis-à-vis des huguenots, naviguant sans cesse entre la tolérance maladroite et l’excessive répression, s’est révélée impuissante à maintenir la concorde. L’autorité royale s’en trouve fortement ébranlée, d’autant que l’opposition religieuse sert souvent de prétextes, dans les deux camps, à de plus cyniques intérêts, mêlant, aux revendications politiques et sociales, goût du lucre et ambitions personnelles. Déchirée de l’intérieur, la France est aussi menacée à l’extérieur. Les puissances étrangères, qui ne peuvent que se réjouir de l’affaiblissement d’une des plus importantes nations européennes, alimentent les divisions en fournissant troupes, matériels et ressources financières aux deux partis et font de la France leur nouveau champ de bataille. Les protestants sont soutenus par l’Angleterre et les princes allemands, les catholiques, organisés depuis 1585 au sein de la Ligue, par l’Espagne et le Saint-Empire.

L’assassinat d’Henri III par un moine jacobin, Jacques Clément, le 1er août 1589, traduit la division du pays et l’affaiblissement de la sacralité royale. Suivant l’ordre coutumier, c’est Henri de Navarre qui lui succède sous le nom d’Henri IV. Mais son protestantisme, incompatible avec la tradition monarchique française, rend son accession au trône impossible pour les catholiques qui forment la grande majorité de la population. Pourtant, sa bonhomie gasconne, son habileté, ses victoires militaires et une série de gestes forts – abjuration du protestantisme(1593), sacre à Chartres, entrée dans Paris (1594), absolution du pape (1595) – permettent à ce roi sans royaume de reconquérir une bonne partie de ses sujets et de son territoire. C’est un pays en voie de reconstruction qui déclare la guerre à l’Espagne en 1595. Cependant, du côté catholique comme du côté protestant, des résistances subsistent que le roi doit réduire une à une au prix d’âpres négociations et de substantielles dotations.

C’est dans ce contexte que l’Édit de Nantes voit le jour.

 

Sa naissance se fait dans la douleur. Le roi doit faire face aux réserves voire à l’hostilité de ses anciens coreligionnaires qui craignent d’être abandonnés par un souverain désormais catholique, majoritairement conseillé par des catholiques et ralliant à sa personne la plupart des anciens chefs ligueurs. A travers différentes assemblées, à Mantes (novembre 1593-janvier 1594), Sainte Foy (juillet 1594), Saumur (février 1595), Loudun (avril 1596), Vendôme (novembre 1596) ou Châtellerault (juin 1597), les chefs protestants s’organisent, confortent leur parti et posent leurs conditions. Ils sont eux-mêmes divisés entre les conciliateurs (appelés « consistoriaux »), dont Duplessis-Mornay est le plus actif, et les intransigeants comme Claude de La Trémoille Duc de Thouars ou Henri de Turenne Duc de Bouillon. La tension est à son paroxysme lorsque ces deux grands seigneurs, à l’été 1597, refusent leur aide à Henri IV pour reprendre Amiens, place stratégique sur la route de Paris, aux mains des Espagnols depuis le mois de mars. Malgré le péril, le Béarnais continue à distiller menaces et concessions pour parvenir à un accord, aidé en cela par ses conseillers les plus diplomates, tel Gaspard de Schomberg, gouverneur de la Marche. Au début de l’année 1598, du fait des négociations de paix avec l’Espagne et du ralliement du dernier chef ligueur, le Duc de Mercœur, Henri IV est en position de force.

L’Édit est finalement signé à Nantes le 30 avril.

 

Les 93 articles qui le composent accordent la liberté de conscience et la tolérance civile aux protestants mais confirme le catholicisme comme religion officielle du Royaume et ordonne son rétablissement général. Le préambule de l’Édit fait d’ailleurs le vœux d’une réunification religieuse du pays sous la bannière catholique, bien qu’il soit dit « perpétuel et irrévocable » et scellé en conséquence.

  • Le culte réformé est limité : il est permis dans les lieux où il se pratiquait déjà de 1596 à août 1597, dans ceux autorisés par les précédents édits de Poitiers, Nérac et du Fleix et dans les faubourgs d’une ville supplémentaire par bailliage ou sénéchaussée (même s’il sera finalement exclu dans les villes possédant un évêché ou un archevêché).
  • Il est accordé sur les terres de seigneurs possédant un droit de haute justice et limité à une assistance de 30 personnes dans les autres seigneuries. Il n’est admis à Paris et aux alentours qu’à huis clos. Les protestants ont accès à toutes les charges et seront jugés par une « Chambre de l’Édit » au Parlement de Paris et par des chambres mi-partie (moitié catholique, moitié protestant) à Grenoble, Bordeaux et Toulouse (finalement Nérac et Castres dans les deux derniers cas).
  • Ils peuvent bâtir des temples, possèdent leurs propres cimetières mais doivent payer la dîme au clergé, respecter les fêtes chômées catholiques et ne pas avoir de comportements séditieux ou provocants.
  • Les livres protestants sont surveillés et le culte réformé interdit aux armées. Parallèlement, 56 articles secrets harmonisent les dispositions de l’Édit et les traités signés avec les chefs ligueurs. Consistoires, colloques et synodes sont permis sur autorisation du roi mais les levées de taxes ou de troupes proscrites.
  • Enfin, par deux « brevets », le roi s’engage à payer les pasteurs (45000 écus par an) et les garnisons des places dites « de sureté » accordées aux protestants pour huit ans renouvelables. Parmi les principales on compte La Rochelle, Montauban, Nîmes, Sainte Foy ou Uzès et d’autres villes situées pour la plupart dans les zones fortes de la Réforme dont le fameux « croissant huguenot » qui s’étend du Poitou au Dauphiné en passant par le couloir de la Garonne et le Languedoc. Les gouverneurs seront nommés par le roi.

Quoique singulièrement favorable au catholicisme, l’Édit reçoit un accueil hostile des Parlements. Henri IV doit taper du poing sur la table pour obtenir son enregistrement du Parlement de Paris en février 1599. Les autres cours s’inclinent peu à peu, non sans retard et après avoir émis de fortes réserves. Le Parlement de Rouen sera le dernier à s’exécuter en août 1609 !

L’importance accordée à l’Édit par les contemporains est inversement proportionnelle à sa postérité. Il passe relativement inaperçu et peu de chroniqueurs en font état. Après tout, ce n’était qu’un édit de tolérance parmi tant d’autres et rien n’annonçait qu’il serait plus durable que les précédents. Sa longévité est sans doute due à sa clarté, au renforcement d’un pouvoir royal de nouveau en mesure de faire appliquer les décisions qu’il prend mais aussi à la volonté de paix des populations lassées par quatre décennies de massacres et de pénuries. De ce fait, en dépit de quelques entorses et de modifications, l’Édit de Nantes restera en vigueur durant près de cent ans. Louis XIII et Richelieu en supprimeront les volets politiques et militaires et réduiront le parti protestant par le siège de La Rochelle (1628) et l’Édit de grâce d’Alès (1629). C’est finalement Louis XIV qui le révoquera par l’Édit de Fontainebleau du 17 octobre 1685.

Vitrail dédié à Henri IV, Roi de France (Salle du Conseil). Schoenhaupt, Louis. Illustrateur 
 

L’Édit de Nantes ne met pas un terme définitif aux guerres religieuses en France. Deux autres conflits surviendront durant la décennie 1620 mais leurs motivations seront moins eschatologiques qu’au XVIsiècle. Sans résoudre tout à fait les problèmes religieux, cet édit met donc un coup d’arrêt aux guerres de la religion et inaugure les années de paix et de prospérité du règne d’Henri IV. Il fait du Royaume de France un cas particuliers où le poids de la religion dominante n’empêche pas de faire une place à une autre confession. Les siècles suivants, des philosophes aux intellectuels en passant par les « hussards de la République », alimentèrent la légende du bon roi Henri en popularisant l’idée d’un Édit de Nantes moderne, porteur de tolérance et de respect des différences voire précurseur de la laïcité. Autant de conceptions étrangères aux hommes du XVIe siècle. D’abord il n’est pas forcément plus moderne que les autres traités de l’époque en matière religieuse et s’inspire en bonne partie des édits de pacifications qui ont ponctués les conflits. Ensuite, tout en offrant un statut relativement protecteur, il est un piège à long terme pour une Réforme déjà en perte de vitesse dans les années 1590 car les restrictions qu’il impose la prive de tout développement futur, alors qu’il ouvre à un catholicisme partout rétabli, et revigoré par l’élan de la Contre-réforme tridentine, un large champ de reconquête. Si l’on ajoute à cela la mise à bas de son organisation politico-militaire par Richelieu et les mesures coercitives de Louis XIV, on comprend mieux le recul du protestantisme au XVIIe siècle. La Réforme reste cependant forte jusqu’à nos jours dans quelques régions historiques comme le Languedoc, la moyenne Garonne, le Béarn ou les Charentes.

Ce qu’il faut surtout retenir de l’Édit de Nantes c’est qu’il est une des plus fameuses illustrations du concept de raison d’État qui sera inventé par Botero l’année suivante. S’appuyant sur la raison pour soumettre les passions des hommes, l’État prend (relativement) ses distances vis-à-vis du religieux et s’érige en arbitre des partis opposés, rendant à chacun la place qui lui revient. Il acquiert ainsi une force unificatrice qui accroît encore son prestige et son autorité, devient dispensateur de paix et unique garant de l’intérêt commun face aux luttes de factions. Cet Édit (parmi d’autres mesures et décisions d’Henri IV) participe davantage d’une « resacralisation » que d’une sécularisation de l’État ; non pas parce que le catholicisme est réaffirmé dans son rôle social et politique mais parce que le monarchie, et, à travers elle, l’État, devient elle-même sacrée. Ce dernier s’émancipe de l’ordre religieux en devenant lui-même source de religiosité. Jamais l’image du roi de France comme personne quasi divine, représentante de Dieu sur terre, n’aura été aussi forte qu’au XVIIe siècle. Jamais la présence de l’État dans la vie sociale n’avait été aussi prégnante dans les siècles passés. Bien sûr, la conjoncture du Grand siècle sera pour beaucoup dans cette évolution, dont l’Édit de Nantes est plus encore un indice qu’une cause véritable, mais il y a déjà dans ce texte un avant-goût de l’étatisation et de la centralisation, si spécifiques à l’histoire politique de la France, qui culmineront avec le Versailles du Roi-soleil et perdurent encore aujourd’hui malgré les volontés décentralisatrices.

Voilà pourquoi la signature de l’Édit de Nantes,

le 30 avril 1598,

reste une date fondamentale de notre histoire nationale.

 

Édit de Nantes, publié au présidial de Montpellier le 12 février 1600

 

Arch. dept. Hérault. 1 B 3
Enregistrement par la cour des aides 1564-1629
1598. - avril ; f° 61. - Édit de Nantes ; publié au présidial de Montpellier le 12 février 1600 (92 articles). - f° 80 ; 5 décembre 1600. - En présence des commissaires du roi pour ce envoyés, la cour des aides jure d'observer cet édit et de le faire observer, et en ordonne l'enregistrement.

 

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907 avenue du Professeur Blayac 34000 Montpellier