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Le Poilu's Park a son histoire - Zoom sur...

Un espace de loisirs et de détente en marge des champs de bataille de la Première Guerre mondiale

A l'origine

Commercy est une ville de Lorraine (Meuse), célèbre pour ses madeleines. Mais, durant la Première Guerre mondiale, elle se fait connaître pour une autre originalité : son « Poilu’s Park ».

Durant la Grande Guerre, Commercy est située à l’arrière front du secteur d’Apremont, où de virulents combats ont lieu. La ville, bien qu’en zone militaire n’est pas évacuée et elle reçoit de nombreux blessés répartis dans les quatre hôpitaux militaires. Les soldats au repos y affluent également, tout comme dans les villages environnants.

Le médecin commandant Pierre Louis Rehm qui soigne les blessés et le général Victor Cordonnier, commandant le 8e corps d’armée, se soucient de leur sort et décident de leur trouver des distractions pour entretenir le moral des troupes. «  Le moral du soldat, c’est sa bonne humeur » aurait dit le général Cordonnier.

Ainsi organisent-ils un premier concert-cinéma en décembre 1914. Et très vite, des spectacles sont proposés chaque semaine.

Au début de l’été 1915, ils transforment le vélodrome de la ville en centre de loisirs pour les poilus et le baptisent « Poilu’s Park », s’inspirant du célèbre parc d’attraction, le « Luna Park », ouvert à Paris en 1909, avec ses attractions foraines, ses buvettes et ses activités sportives.

L’ancien pesage est reconverti pour des concerts, de la gymnastique ou de l’haltérophilie. Il sert aussi de ring pour accueillir des matchs de boxe anglaise. Pendant ce temps, sur la pelouse, on dispute des matchs internationaux de rugby ou de football «association »[1] où s’affrontent Anglais et Français, sur des airs de musique militaire.

Citons encore les épreuves de natation dans le canal coulant le long du  vélodrome, de lutte à la corde, d’escrime (épée, fleuret), de course à pieds (100, 400 ou 800 mètres, et 400 mètres haies)  et de courses cyclistes….

Les soldats, amateurs ou sportifs reconnus, participent à ces compétitions dans un esprit de camaraderie. Même les arbitres sont des militaires.

Des sports « gais », originaux ou comiques sont également proposés comme la course aux ficelles, la pêche aux poilus (avec un cigare comme appât), la boxe à l’aveuglette, ou le lancement de calendriers (grenades artisanales)….De même, on joue autant à la pétanque qu’aux quilles, et à la grenouille.

Ces activités permettent de distraire les soldats avant leur retour au combat, d’entretenir leur forme et parfois de les éloigner des cabarets…

Rehm est le grand organisateur de toutes ces festivités. Durant l’hiver 1915, le marché couvert est aménagé en « Poilu’s Music-Hall ».

Une véritable salle de spectacle est alors conçue avec fosse d’orchestre, rampes électriques et loges, buvette ; elle peut accueillir 2500 spectateurs. Rehm fait même venir un décorateur de Paris. Les stars de l’époque sont invitées à se produire sur scène tout comme les soldats avec la « grande divette », le poilu Bert-Gyll, Mimi… Puis, un « Poilu’s Cinéma Pathé » va voir le jour.

Rehm n’en reste pas là et une troupe du Poilu’s Park se monte pour aller visiter les blessés et éclopés et leur remonter le moral.

Il établit en parallèle un service de douche et de « désinfections ». Le poilu peut repartir alors frais et dispos avec du linge propre, grâce à la « L’œuvre de la chemise du combattant ».

Le général Cordonnier quant à lui, visite régulièrement le Poilu’s Park et encourage ses soldats. Il propose aussi un concours d’artisanat de tranchée.

Très vite, le lieu se fait connaître et certaines de ces journées sont relatées dans la presse nationale et étrangère, en particulier dans la revue sportive « Sporting ».

D’autres lieux de « détente » pour les poilus à l’image du Poilu’s Park (et du Poilu’s Music-Hall) se développent alors le long de la ligne de front.



[1] A cette époque, le rugby est appelé « football rugby » et le football « football association » ou « association ».

 

Adresse :
907 avenue du Professeur Blayac 34000 Montpellier