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Les Enfants de l'histoire - Zoom sur...

Montpellier - pierresvives

Si l'on évoque aujourd'hui les enfants dans l'histoire, quelques vagues images nous reviennent en mémoire : Romulus et Rémus et la naissance de Rome, Charlemagne et l'école, Cosette et Les Misérables, Gavroche, le gamin des rues, l'Emile de Rousseau, Anne Franck... Des destins extraordinaires et des stéréotypes tenaces !

Que ce soit sous l’angle de l’enfant roi, de la victime, de l’élève ou  de l’enfant générant une culture enfantine spécifique, l’enfance mobilise les chercheurs, les associations, et passionne les médias, les artistes.

Toutes disciplines et pays confondus, les chercheurs ont salué le travail fondateur de l’historien français Philippe Ariès. Dans L'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, sa mise au jour de l’évolution des mentalités envers l’enfant, moins menacé par la mortalité infantile et mieux reconnu comme individu singulier, condensée dans l’expression «sentiment de l’enfance», a le mérite de mettre l’accent sur l’absence de cadre conceptuel ou théorique pour définir l’enfance dans l’Ancien régime et permet d’expliquer l’émergence de l’attachement parental précoce. Il montre aussi le rôle d’institutions (comme l’école) dans la constitution de l’enfance moderne. Depuis sa terminologie et certaines de ses thèses ont été controversées et révisées par de nombreux historiens, sur la période du Moyen Age notamment, mais il a le mérite de transformer l’enfant en objet historiographique.

Le Britannique Alan Prout, affirme lui que l’enfance est de toute façon une construction sociale : il n’y a que des «raconteurs d’enfants».  

Voici donc quelques histoires d'enfants. Documentées par des archives administratives, elles font souvent effet de miroir déformant : on y parle généralement d’enfants lorsqu’ils posent un  problème à la société (abandons, mortalité, aide sociale, éducation,…). Cependant, parce qu’elles sont liées à un contexte historique, noires ou dorées, elles tendent à déjouer certains de nos préjugés. Elles montrent aussi que la notion-même d'enfant est difficile à définir sans la situer face à des croyances, des philosophies, à l'histoire sociale, scientifique et technique, au lieu de vie. Les enfants ne grandissent pas tous de la même manière et leur histoire est à rebondissements.

Episode 1 - Dans les roses ou dans les choux ?

Dans tous les pays du monde, les contes et la sagesse populaire apportent des réponses plus ou moins rationnelles à cette légitime question de nos jeunes enfants : mais d’où viennent les bébés ? Apportés par les cigognes, sortis d’une oreille comme Gargantua ? Des garçons nés dans les choux, des filles dans les roses …. ? Par ignorance sur la fécondation, et la grossesse, puis par pruderie ou pudibonderie, pas question d’évoquer «la chose» clairement.  Aujourd’hui encore, certains, comme le pédopsychiatre Marcel Rufo, aiment à penser que le petit enfant a  besoin de cette explication poétique, «d'un imaginaire où greffer ses phobies. Les contes de fées sont la meilleure prévention contre les méchants, les ogres... Or l'histoire de la naissance est pour lui un mystère très angoissant.»

Pourquoi les roses et les choux ?

Une première explication vient d'une légende de la mythologie grecque qui raconte que l'épouse du roi Agamemnon, Clytemnestre, accoucha de quadruplés, trois filles et un garçon alors que son époux était à  la guerre. En l'absence de langes, les trois filles furent enveloppées dans des pétales de rose. Le petit garçon fut lui enveloppé dans des feuilles de chou car on craignait que les garçons ne deviennent efféminés si on leur associait des symboles féminins. Le chou fut choisi tout simplement car il était servi à  table ce jour-là…

Une autre version viendrait de la coïncidence entre le calendrier des travaux des champs et la vie familiale. Jusqu’au XIXe siècle, on se marie souvent à la fin de l’hiver ; c’est la saison où les paysans plantent les choux qu’on récolte neuf mois plus tard, à la fin de l’automne, marquée aussi par un pic des naissances. Le chou a la réputation d’être robuste, qualité essentielle chez le garçon, tandis que la rose correspondait à l’image de la femme…

Episode 2 - Petit Poucet et petites filles modèles

La famille médiévale n’a rien de l’image classique, mononucléaire, papa-maman-enfant. La mortalité étant omniprésente chez les nouveaux nés et les mères, les hommes se remarient fréquemment, parfois plusieurs fois. La famille est donc bien souvent «recomposée», avec des enfants d’âges parfois très différents, vivant avec leur «parâtre» (beau-père) ou, plus souvent leur «marâtre» (belle-mère), auxquels s’ajoute la présence d’ascendants, et d’oncles et tantes dans certaines régions.

Dans les milieux populaires, l’enfant est parfois une charge trop lourde. L’abandon d’enfant augmente de façon exponentielle de la seconde moitié du XVIIe siècle à la Première Guerre mondiale. Loin du cliché de l’enfant royal ou divin (Moïse, Romulus et Rémus) déposé au gré du destin, c’est souvent pour des raisons économiques, de pauvreté, ou de travail des mères, que le bébé est abandonné, pas forcément dans la forêt, et souvent confié à une institution.

La littérature philanthropique s’émeut du spectacle de la marmaille pataugeant dans le logis malsain ou vagabondant dans les rues.

En 1792, Condorcet présente un plan d’instruction publique pour lutter contre l’exploitation des enfants par le travail. Mais l’enfant représente encore une force de travail utile, docile et exploitable au XIXe siècle, dans les filatures, manufactures, mines, dans et autour des grandes villes. Le mouvement ouvrier, l’évolution démocratique, les progrès économiques permettent toutefois une évolution de la législation.

Parallèlement, au sein de la bourgeoisie, à partir du XVIIIe siècle, notamment sous l’influence des philosophes, l’enfant devient l’objet d’une stratégie nouvelle de promotion sociale, plus seulement pour une question de nom et de lignage, mais pour la transmission du patrimoine et des valeurs. Choyé, admiré dès la naissance, l’enfant devient roi.

Avec l’arrivée des allocations familiales, c’est dans tous les milieux que l’enfant devient l’objet de toutes les attentions, voire la cible des publicitaires et de nouveaux marchés.

Episode 3 - Sacré Charlemagne !

Non, Charlemagne n’a pas eu cette « idée folle » d’inventer l’école, mais il a encouragé évêques et moines à aller enseigner et à entretenir les écoles, dans le but de renforcer l’administration royale et de répandre la foi chrétienne.

Car au Moyen Age, sous l’Ancien Régime et jusqu’au XIXe siècle, c’est l’Eglise qui possède le monopole sur l’éducation, contrôle la nomination des maîtres. Les hommes de la Révolution s’insurgent contre ce pouvoir qu’ils jugent fanatique et obscurantiste et veulent y substituer le pouvoir de la Nation. Le combat entre l’Eglise et l’Etat pour le contrôle de l’enseignement durera plus d’un siècle, combat qui met ainsi en lumière la fonction « idéologique » de l’école.

Au XIXe siècle, les lois Guizot (1833) et Falloux (1850) fondent la progressive sécularisation de l’enseignement avant que les lois Ferry ne créent, de 1879 à 1883, un service public laïc, gratuit, obligatoire et égalitaire entre les sexes. La République entend alors dégager l’instruction de l’influence cléricale, instruire et former des citoyens et lutter contre les inégalités au sein de la nation.

Et pour l’enfant qui sort de la voie tracée par sa famille et la société ? Depuis la fin du Moyen Age jusqu'aux années 1820, le sort des enfants délinquants consiste le plus souvent dans leur confinement parmi la population des prisonniers adultes. Puis apparaissent les colonies pénitentiaires agricoles d'enfants, chargées de rééduquer les mineurs par le travail et l'apprentissage. Le 31 décembre 1927, un décret change l’appellation des colonies pénitentiaires en « maisons d’éducation surveillée ». On a appelé cette réforme la « réforme sur le papier ». L’étiquette change mais le contenu reste le même.

Tout au contraire d’un acte pédagogique autoritaire, naît à partir du XIXe siècle un nouveau concept, l’éducation populaire, qui vise à favoriser l’accès au savoir et à la culture au plus grand nombre, afin de permettre à chacun de s’épanouir et de trouver la place de citoyen qui lui revient.  C’est une éducation qui reconnaît à chacun la volonté et la capacité de progresser et de se développer, à tous les âges de la vie. Elle ne se limite pas à la diffusion de la culture académique ni même à l’art au sens large, mais également aux sciences et techniques, aux activités culturelles, aux sports, aux actions citoyennes et aux activités ludiques...

Episode 4 - La Guerre des boutons

C’est une guerre de gosses, où des gamins s’affrontent sans merci, mais dans la réalité des conflits l’enfant n’est pas toujours maître du jeu.

A l'école, la guerre sert de support pédagogique aux manuels de toutes les matières, sujet de réflexion et d'exercices dans lesquels sont exaltés le devoir patriotique, le sacrifice des soldats, le ressentiment contre l'ennemi. Les Églises quant à elles voient dans la guerre un moyen de fortifier la foi juvénile par une éducation morale reposant sur l'idée du sacrifice expiatoire et le développement des pratiques religieuses, à travers des mouvements de prière comme " la croisade des enfants " en France.

Pendant la Première guerre mondiale, il est vecteur de propagande, constamment  représenté sur les affiches comme sur les cartes postales.

Et pendant la Seconde guerre mondiale, enfants cachés, enfants déportés, enfants résistants témoignent d’un univers où être enfant ne protège de rien.

Adresse :
907 avenue du Professeur Blayac 34000 Montpellier

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