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Mille ans d'éclipses - Découverte

Montpellier - pierresvives
Projection orthographique de l'éclipse du 7 juin 1415 (Cote ADH, D128)
Projection orthographique de l'éclipse du 7 juin 1415 (Cote ADH, D128) Archives départementales de l'Hérault

Le 20 mars, une éclipse solaire partielle sera observable à Montpellier : ce sera la neuvième éclipse du XXIème siècle. Les Archives vous proposent de revenir sur les éclipses observées à Montpellier au fil des siècles.

Une éclipse se produit lorsque la lune passe entre la terre et le soleil. Elle peut être totale (si le soleil est totalement occulté), partielle (si seulement une partie est cachée) ou annulaire  (si la lune laisse passer un anneau de lumière).

Les éclipses au Moyen-âge

Si on peut avoir l’impression que seuls les progrès récents de la science permettent d’étudier ce type de phénomène naturel, il n’en est rien. Les archives depuis le Moyen Age  portent mention des phénomènes naturels extraordinaires que sont les éclipses, tant du soleil que de la lune, ou les passages de comètes. Six éclipses totales et trois annulaires ont pu être observées au cours des siècles à Montpellier.

Les toutes premières éclipses de 1044 et 1153 n'ont pas laissé de traces dans les documents d'archives. En revanche, les éclipses de 1178, de 1239, de 1386 et de 1415 sont mentionnées dans le Petit Thalamus, chronique de l’histoire montpelliéraine depuis les origines du consulat en 1204 jusqu’à 1604 conservé aux Archives municipales de Montpellier.

Mention de l'éclipse de 1415 établie par Georges Arnaud, notaire à Montpellier

(Cote ADH, 2 E 95/429)

L’éclipse de 1415 est la plus documentée des éclipses médiévales. Ainsi,  le Petit Thalamus mentionne : Item lo divenres a VII jorns del mes | de jun que era luna novela, ad una hora | et mieja de jorn, fonc eclipsi del solhelh et | de la luna. Et non fonc pas trop lonc ni trop | escur : totas ves hom vezia claramen las es- | telas en lo cel (Le vendredi 7 juin où la lune était nouvelle, à une heure et demi de l’après-midi, il y eut une éclipse du soleil et de la lune. Cela ne dura pas trop longtemps et il ne fit pas trop obscur : néanmoins, on voyait distinctement les étoiles dans le ciel). Un notaire du temps mentionne lui aussi l’éclipse du 7 juin 1415 dans le registre 2 E 95/429, fol. 60 : Anno presenti quadringentesimo die veneris intitulata septima mensis juni circa secundam horam diei fuit eclipsa et duravit quasi per mediam horam fuit quod multum obscurum (le vendredi 7ème jour de juin de la présente année 14.., vers les 2 heures du jour, il y eut une éclipse et elle dura presque une demi-heure : ce fut la raison pour laquelle presque tout fut sombre). Ce document est consultable dans son intégralité ici.

Cette éclipse fut aussi étudiée postérieurement pas les deux savants astronomes Plantade et Clapiès lors de l’éclipse de 1706. A cette occasion, ils s’intéressèrent aux éclipses précédentes et firent même ce magnifique relevé conservé aux Archives départementales de l'Hérault.

Projection orthographique de l'éclipse du 7 juin 1415 (Cote ADH, D128)

 

L'éclipse du 12 mai 1706

L’observation de l’éclipse du 12 mai 1706, la première étudiée avec des lunettes astronomiques a profondément marqué le monde scientifique de l’époque par sa description de la couronne solaire relayée dans de nombreux articles et ouvrages. C’est aussi à cette occasion que la Société royale des sciences vit le jour. Les deux astronomes de l’époque, messieurs Plantade et Clapiès observèrent l’éclipse au pied de la tour de Babote. Alors que l’obscurité était totale, ils purent même observer Vénus, Mercure et Saturne.

Page de garde de l'Histoire de la Société royale des sciences de Montpellier (LA 395)

 

L'éclipse du 8 juillet 1842

L’éclipse suivante du 8 juillet 1842 observée par plusieurs scientifiques montpelliérains postés à différents endroits de la ville (à la tour du clocher de la cathédrale Saint-Pierre, à la Faculté des sciences et sur les remparts de la citadelle) montre combien ce phénomène a pu susciter de la curiosité mais aussi de la peur: « on dirait que quelque masse énorme pèse sur la nature entière, le cœur est oppressé comme s’il était comprimé lui-même par l’astre opaque qui vient envahir le disque du soleil ». (Courrier du Midi du 9 juillet 1842, PAR 556)

Article relatif à l'éclipse du 8 juillet 1842

paru dans le Courrier du Midi (cote ADH, PAR 556)

 

La prochaine éclipse totale observable en France est prévue pour le 3 septembre 2081. En attendant et même si l’éclipse du 20 mars n’est qu’une éclipse partielle : tous à vos lunettes et bonne observation !

 

Pour en savoir plus : Montpellier et les éclipses de Soleil de Jean-Michel Faidit et Patrick Rocher paru en 2005 (cote ADH, BRA 5281)

Adresse :
907 avenue du Professeur Blayac 34000 Montpellier