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Petit meurtre en famille ou l'assassinat de la marquise de Ganges - Zoom sur...

Il y a tout juste 350 ans, presque jour pour jour, disparaissait dans d’atroces souffrances et après dix-neuf jours d’agonie, le 5 juin 1667, Diane de Joannis, marquise de Ganges.

L'histoire
Le 6 juin 1667, les docteurs en médecine de l’université de Montpellier, Pierre Vedrines, Isaac Carquet et Pierre Teissier,  examinent le corps inerte de la marquise. Que constatent-ils ? L’examen est clinique. Tout d’abord des noirceurs au niveau de la lèvre supérieure. Les dents sont noires et la langue toute écorchée. Le corps porte deux ecchymoses et sept plaies en partie cicatrisée dont « une à la partie superieurs de la mammelle droite ». Des inflammations et des noircissures dans le ventre. Une tumeur purulente de la grosseur d’un œuf de poule près du rein droit. Les intestins sont gangrénés et ulcérés ; la vessie est enflammée, la matrice, le pancréas, le foie et les poumons sont altérés ; l’œsophage, l’estomac et le colon sont ulcérés et écorchés. La tête est enflammée, le cerveau et toutes les veines sont  grossis et remplis de sang. Une ecchymose gangrénée se trouve dans la partie supérieure gauche du cerveau.
 
Extrait des Relations des docteurs en médecine Pierre Vedrines, Isaac Carquet, et Pierre Tessier, de l'université de Montpellier sur l'empoisonnement de la marquise de Ganges, Diane de Joannis. 1667.
ADH, 10 B 578/547
 
Qu’a-t-il bien pu se passer le 17 mai 1667 à Ganges, petite bourgade héraultaise aux portes des Cévennes, pour en arriver là ? De quoi la marquise de Ganges est-elle morte ? Et pourquoi ?
Un petit retour en arrière s’impose…
 
Veuve d’un premier mariage, Diane de Joannis, née en 1635 en Avignon,  épouse, en 1658, Charles de Vissec de Latude, baron, puis marquis de Ganges. Le malheur de Diane voulut que le baron eût six frères, dont deux allaient jouer un rôle odieux. Le baron était l’aîné. Le cadet, Henri, était abbé sans cure et le troisième, Bernard ou Bernardin, portait le titre de chevalier.
 
L’autre malheur de Diane voulut qu’elle fût l’unique héritière de son grand-père paternel, Melchior Jacques de Jaonnis, très riche conseiller d’Etat au Comtat Venaissin, retrouvé mystérieusement noyé dans le Rhône en 1664. Des soupçons pèsent sur les trois frères dans cette disparition.
 
Dès lors, ses deux beaux-frères, aidés par le précepteur de ses deux enfants, l’abbé Perrette, avec ou sans la complicité de son mari,  – sa culpabilité dans cette affaire reste encore une énigme à résoudre, même si  un certain nombre de faits à charge viennent corroborer la thèse de la culpabilité ou tout au moins de la complicité  – , n’auront de cesse de lui extorquer un testament en faveur de leur frère aîné, et,  par ricochet, en leur faveur.
 
Parvenus à leur fin, pensent-ils, avec le testament arraché à leur belle-sœur le 20 avril 1667 à Ganges, ils ourdissent de la faire disparaître et de se débarrasser définitivement d’elle.
 
Le vendredi 17 mai 1667, tous deux pénètrent dans sa chambre avec la ferme intention de la tuer. Ils lui demandent de choisir entre le feu, le fer ou le poison…
Diane se  résigne à absorber la boisson empoisonnée, et demande l’assistance d’un confesseur. Ses  deux beaux-frères se retirent et l’enferment à clé. Elle en profite pour s’enfuir du château en sautant par la fenêtre de sa chambre. Elle régurgite le poison en glissant dans sa gorge une de ses nattes et elle court se réfugier dans une maison voisine…
Voyant que Diane leur échappe, l’abbé et le chevalier la poursuivent, tout en jetant aux gens ébahis qui les regardent passer, que Diane est une malheureuse folle, qu’ils se chargent de la ramener à la raison. Arrivés devant la maison où Diane s’est réfugiée, l’abbé monte la garde à la porte avec son pistolet et empêche quiconque d’entrer. Le chevalier pénètre dans la demeure, trouve Diane et lui assène plusieurs coups d’épée. Au dernier coup, l’épée se brise et la pointe reste figée bien avant dans son épaule. Surgit l’abbé ; il voit Diane toujours vivante. Il la vise de son pistolet et tire…
Le coup ne part pas. De rage, il lui assène plusieurs coups de crosse sur la tête...
Horrifiées par les cris de Diane, les femmes de la maison, accourent à son secours. Malgré leurs efforts, les tortionnaires réussissent à prendre la fuite et ne seront jamais rattrapés.
 

Portrait de la marquise de Ganges par Nicolas Mignard (1606-1668) ; toile ;  dim : 129 x 98.5 cm

Diane agonise d’atroce façon dix-neuf jours durant avant de s’éteindre, sous l’effet du poison, le 5 juin 1667. Sa mère dépose plainte immédiatement.
 
L’abbé et le chevalier sont condamnés par contumace à être rompus vifs en place publique. L’abbé Perrette et le marquis de Ganges sont arrêtés et conduits devant le Parlement de Toulouse pour y être jugés.
 
L’abbé Perrette est condamné aux galères ; mais il ne montera jamais sur un bateau : il meurt sur le chemin qui le conduit à Marseille.
 
Le marquis, sans être réellement reconnu coupable de complicité, est néanmoins condamné au bannissement perpétuel, à être dégradé de noblesse et à voir ses biens confisquer au profit du Roi. Il finit ses jours, quasi centenaire, à l’Isle-sur-Sorgue !
 
Cette affaire reste en bien des points un mystère ; car même si  la bibliographie autour de cet odieux assassinat est abondante, il n’en demeure pas moins qu’il subsiste encore de nombreuses zones d’ombre et qu’un véritable travail d’historien reste à accomplir. Plusieurs auteurs, parfois célèbres – Sade, Alexandre Dumas, Jeanne Galzy, etc. – se sont penchés sur le corps de la malheureuse et se sont attachés, dès le XVIIe siècle, à raconter dans les moindres détails ce qui avait bien pu se passer. Le dernier ouvrage en date est celui de Mireille Pluchard.
 
Malheureusement, beaucoup de ces écrits ne se contentent bien souvent que de faire la part belle à la romance, sans distinguer les faits de l’imagination de l’auteur, sans citer les sources et parfois se contentant de reprendre, une fois n’est pas coutume, mot pour mot, ce qui avait été écrit auparavant par un auteur précédant. Sans parler, bien souvent, de l’inexactitude ou de l’approximation de la chronologie, des noms, des titres de noblesse, de la généalogie des protagonistes et des dates avancés…
 
Les Archives départementales conservent plusieurs documents en lien avec cette affaire, qui pourraient être le point de départ d’un travail de recherche autour de la mort énigmatique de la marquise de Ganges et qui pourrait peut-être lever enfin le voile sur les responsabilités de chacun dans cette mystérieuse affaire, qui a défrayé la chronique et qui a marqué les esprits dans cette deuxième moitié du XVIIe siècle. Cette recherche pourrait donner naissance à un groupe de travail interdisciplinaire réunissant les compétences du monde de la recherche, des archives, de la police, de la justice et de la médecine.  L’idée est lancée…
 
Les sources

Aux Archives départementales de l’Hérault

 
Série B
Relations des docteurs en médecine Pierre Vedrines, Isaac Carquet, et Pierre Tessier, de l'université de Montpellier sur l'empoisonnement de la marquise de Ganges, Diane de Joannis. 1667. ADH, 10 B 578/547
 
Série E
Fonds de Ganges (1). ADH, 1 E 434-888
Fonds de Ganges (2). ADH, 1 E 1544-1617
 
Série J
Fonds du Marquisat de Ganges. ADH, 118 J
 

Dans la bibliothèque des Archives départementales de l’Hérault

 
François Laurent, Aganticum : essai historique du canton de Ganges et des environs, F. Laurent, Ganges, 1901. ADH, BIB 3113 et ADH, BIB 4723
 
Julien Rouquette, Histoire de la ville de Ganges, Manufacture de la Charité, Montpellier, 1904. ADH, CRC 834
 
Gaston Delayen, La passion de la marquise Diane de Ganges, Perrin, Paris, 1927. ADH, CRC 975
 
Gaston Vidal, L’ombre d’Amarante, L’Entente Bibliophile, Montpellier, 1959. ADH, CRC 1123
 
Jean Héritier, La belle provençale, Denoël, Paris, 1984. ADH, CRC 976
 
Jean Héritier, « Justice et police. Le supplice de la marquise de Ganges », in Historama, n°15, mai 1985, pp.80-83. ADH, BRA 1410
 
Mireille Pluchard, Le choix de Diane, Presses de la Cité, Paris, 2016. ADH, BIB 8654.
 
Adresse :
pierresvives 34000 Montpellier

907 avenue du Professeur Blayac 34000 Montpellier

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