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Plan du cours de la rivière d'Hérault (1762) - Zoom sur...

Agde
Plan du cours de la rivière d'Hérault, 1762 (ADH, C 12311/5)
Plan du cours de la rivière d'Hérault, 1762 (ADH, C 12311/5) Archives départementales de l'Hérault

Les plans de ports du Languedoc : pour une histoire de l'espace littoral aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Stéphane Durand >Page d'introduction > Le port d'Agde

Ce plan du cours inférieur de l'Hérault (C12311/5), depuis les abords de l'écluse ronde du canal des Deux Mers jusqu'au grau d'Agde, a été dressé par le directeur des fortifications de la province, Jacques-Philippe Eléonore Mareschal, pour servir de plan d'ensemble des travaux à effectuer durant l'année 1763.
Dans une représentation désormais traditionnelle du fleuve (où l'Est est en haut de la carte), le directeur indique les différents secteurs d'intervention de ce chantier annuel.

 

 

Texte et légende


Plan du cours de la rivière d'Hérault (1762)
Plan du cours de la rivière d'Hérault, 1762 (C 12311/5)
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En titre, au centre de la carte :
« Plan du cours de la riviere d'Heraut et de son embouchure dans la mer depuis la ville d'Agde jusqu'au grau, oû l'on designe les parties auxquelles il est necessaires de travailler pendant l'année 1763 ».
A gauche : « Canal royal » ; « Ville d'Agde » et, auprès de cette mention, « Art. 4 du Projet »
Sur le cours du fleuve, partie centrale : « L'Herau riviere » ; « Fontaine du noyer » ; « Art. 3 du Projet » ; Art. 2 du Projet » ; « Notre Dame du Grau » ; « Art. I du Projet »
Aux abords du grau, rive droite : « Bureau des fermes » ; « Nouvelle redoute » ; « Batterie du mole ».
Aux abords du grau, rive gauche : « ancienne Batterie » ; « Redoute ronde » puis, plus loin, rive gauche, « Roche Notre Dame » et « La Roche Poujean ».
En mer : « Mer Mediterranée ».
La signature : « Mareschal ».
En bas, l' « Echelle de 600 toises », graduée à 50, 100, 200, 300, 400, 500, 600 « toises ».

Contexte


Alors que la guerre de Sept Ans s'achevait, le directeur des fortifications de la province, comme à l'habitude, établissait pendant l'hiver le programme des travaux qui seraient à réaliser sur le cours de l'Hérault au retour de la belle saison. Au printemps, le chantier était donné à bail à un entrepreneur qui devait en suivre les indications. A l'intention des Etats et de l'entrepreneur, Mareschal dressait ce type de carte qui permettait alors de visualiser l'avance du chantier : l'état de tout ce qui avait été accompli depuis 1698 et les lieux des perfectionnements immédiatement projetés et mis aux enchères. Cette carte accompagnait, sans aucun doute possible, le devis du 20 novembre 1762 (ADH, C 12308, devis des travaux portuaires du 20 novembre 1762).
En haut de la feuille, à gauche : « Grau d'Agde 1763 »

 

Les éléments représentés sur le plan

 

Le littoral dunaire

 

Depuis la carte dressée en 1735, le littoral avait poursuivi son engraissement par la dérive littorale. Assurément, la présence des môles avait joué un rôle décisif.

La jetée occidentale était désormais complètement chaussée sur 275 toises au lieu de 240 en 1735. Mais, surtout, à l'abri de sa tête, elle avait fixé un banc de sable de plus de 140 toises, allongé vers l'ouest comme une flèche littorale, faisant bientôt corps avec les dunes du rivage. Une fois la jonction faite, le trait de côte aurait avancé de près de 120 toises (soit à un rythme annuel moyen de 8,5 mètres par an depuis 1735).

Du côté oriental de l'embouchure, il est un peu plus difficile de mesurer l'ensablement. Néanmoins, si l'on se fie à la position des digues brisées construites rive gauche dans le dernier coude du fleuve, on peut estimer que le trait de côte n'avait pas avancé, si ce n'est qu'il avait pris une allure concave par le chaussement progressif de la jetée orientale. Plus à l'est, la roche Poujean et la roche Notre-Dame n'arrêtaient pas les sables.

Si aucun figuré sur la carte ne permet d'évaluer l'état de la conquête végétale de l'espace gagné sur la mer, on sait par ailleurs que les ingénieurs ne permettaient plus « a aucun particulier de faucher, detruire ou arracher les joncs, rozeaux, bruyeres, tamarisse &a qui croissent dans le terrain qui avoisine les digues et les jettées ou les crues font leur depot. Ces differentes plantes etant necessaires pour contenir ce depot et pour donner plus de consistance au terrain[1] ». Les dunes étaient donc en voie de fixation ; mais l'on ne sait pas quelle était l'ampleur des clayonnages préconisés par Filliol en 1735.

Enfin, en l'absence de sondes indiquées sur la carte, il n'est pas possible de discuter la présence de la barre tant redoutée à la sortie du grau.

 

Les infrastructures portuaires

 

La jetée ouest n'avait pas été prolongée depuis 1735. Toujours longue de 400 toises, elle avait néanmoins bénéficié d'une modification de sa physionomie. Sa tête avait été régulièrement rechargée en grosses pierres de 50 à 60 qtx pour pallier les effets des attaques de la mer ; quant à son élargissement, il répondait à un impératif militaire (cf. ci-dessous). Sur toute la longueur de la jetée, comme chaque année, l'ingénieur s'était employé à faire « repaissir et rehausser » la structure. De nouvelles colonnettes avaient été placées sur son couronnement pour y faciliter l'amarrage des bâtiments.

Depuis l'hypothèse formulée par Filliol en 1735, une jetée orientale avait été construite. Elle apparaît sans colonnette et sans renforcement de la tête. Elle mesurait néanmoins 290 toises de long et formait, avec la jetée occidentale, un chenal qui permettait de concentrer les eaux du fleuve. Les ingénieurs avaient recherché un effet de chasse, apte à disperser le banc de sable lors des crues de l'Hérault. Les travaux aux jetées orientale et occidentale étaient, comme l'indique le plan, le premier « article » du devis. Il s'agissait là, pour Mareschal, de renforcer les ouvrages en jetant de nouvelles pierres et en perfectionnant le couronnement des jetées.

En amont de ce chenal, le fleuve apparaît endigué sur 800 toises en rive droite et sur 700 toises en rive gauche. Désormais, les digues brisées, situées en arrière de cette seconde ligne, étaient appelées à disparaître dans les sables. A la suite de la proposition de l'ingénieur Morel de Conflans, en 1751, l'endiguement du fleuve avait été dessiné par Mareschal en janvier 1753 et aussitôt mis aux enchères. Ce plan de 1762 indique combien cette œuvre a été rapidement avancée. En outre, une digue isolée de 200 toises de long avait été construite, un peu en amont, rive gauche, au lieu dit « le Contour », là où l'Hérault érodait fortement ses rives par temps de crue. C'était là le second « article » du devis, qui contenait l'extension progressive de l'endiguement depuis l'embouchure jusqu'à la ville.

Les quais du port urbain formaient les « articles » 3 et 4 du projet. Il s'agissait de poursuivre la réfection des quais au cœur de la ville et jusqu'à la digue du Contour en rive gauche. Il ne manquait plus que 300 toises de quais et digues pour achever l'ouvrage.

Ainsi, dès le second tiers du XVIIIe siècle, la ville d'Agde était dotée d'infrastructures portuaires considérables : 700 toises de jetées en pierres perdues (env. 1,4 km), 2250 toises de digues et de quais le long du fleuve (env. 4,5 km) et près de 550 toises de quais urbains (env. 1,1 km). Combien de ports français pouvaient-ils s'enorgueillir de telles infrastructures ?

 

Les ouvrages de défense

 

Le plan de Mareschal, conçu à la fin de la guerre de Sept Ans, mentionne plusieurs ouvrages militaires. La construction de la batterie à la tête du môle occidental avait été lancée pendant la guerre de la Succession d'Autriche. A cet effet, Mareschal préconisait le « repaississement » de la tête du môle pour qu'il puisse porter les fondations de l'ouvrage[2]. Quant à l' « ancienne batterie », une redoute en terre et fascinage, elle avait été érigée au même moment et entretenue jusqu'à la fin de la guerre. En revanche, les deux nouvelles redoutes étaient plus récentes et dataient de la campagne de fortification lancée par le maréchal de Thomond en 1759, en pleine guerre de Sept Ans.

 

 


[1] Arch. dép. Hérault, C 12307, devis du 8 janvier 1753.

[2] Arch. dép. C 12307, « Mémoire pour servir a la construction des fonda(ti)ons des batteries sur les moles, 6 août 1743. Le profil de cette batterie figure en C 1328/5 et /6.