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Ports et graus du Montpelliérais - Zoom sur...

Mauguio
Montpellier
Palavas les Flots
Plan du grau de Palavas, 1662 (ADH, C 12344/1)
Plan du grau de Palavas, 1662 (ADH, C 12344/1) Archives départementales de l'Hérault

Les plans de ports du Languedoc : pour une histoire de l'espace littoral aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Stéphane Durand - Revenir à la page d'introduction.

Les étangs du Montpelliérais, depuis le piémont du massif de la Gardiole jusqu'aux confins de la Camargue, séparent les terres habitées de la région de Montpellier du lido que baigne la mer Méditerranée. Sur cette partie du rivage languedocien, les graus sont de provisoires émissaires des eaux fluviales issues du Lez, du Vidourle ou encore du Vistre, cours d'eaux au bord desquels se sont établis des villes et des villages. La géographie et la configuration des ports et des graus y sont changeantes, au gré des évolutions naturelles et de l'intervention des hommes.

Au XVIIe siècle, les ports de Montpellier (port Juvénal) et de Frontignan sont les plus actifs de cette région. Mais les bâtiments qui les fréquentent doivent regagner la mer en franchissant des graus souvent ensablés et difficiles à entretenir. A cet égard, la communauté de Frontignan passe pour être la gardienne de ce littoral, bien que le grau de Palavas soit devenu le seul praticable pour les plus grosses barques.

En 1662, l'inspection générale des côtes languedociennes passe par le grau de Palavas. Un projet de travaux est alors élaboré, carte à l'appui (cf. ci-dessous). Un chantier y est ouvert pendant quelques années, avec l'avis de la communauté de Frontignan et sous la surveillance de celle de Mauguio. Mais les travaux réalisés sont sans lendemains. Ce n'est que beaucoup plus tard, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, alors que le chantier mobile du canal des étangs est arrivé dans ces parages, que les États de Languedoc reprennent l'aménagement d'un grau qu'il faut raccorder aux nouvelles infrastructures.

Plan du grau de Palavas

Dressé en 1662, ce plan du grau de Palavas représente, d'une part, l'état de ce point de communication entre la mer et les étangs du Montpelliérais, d'autre part le premier projet de réparation établi alors, dans le cadre d'une vaste entreprise de réhabilitation des ports et graus de la province de Languedoc.

Ce « Plan du grau de Palavas », orienté au SSO en haut de la feuille (le plan porte lui-même une rose des vents indiquant le nord), est probablement l'œuvre d'Isaac Petit, ingénieur du roi.

 

ADH, C 12344/1 (cliquer ici pour agrandir l'image)

Texte et légende

 

En haut de la feuille : « La Mer », mention portée par deux fois, de part et d'autre de « A grau ». Dans la partie centrale, à gauche et à droite : « Plage » (mention portée trois fois). Au centre, entre les lettres A et B : « Canal ». Au centre, entouré des lettres B, C, D et E : « Bassin ». Dans la moitié inférieure du plan : « Estan de Palavas », occupé par un banc de sable noté « FGH » et deux chenaux désignés par les lettres CI et DK. A gauche, un espace en arc de cercle identifié par les lettres LMNOP.

Au verso du plan, le texte suivant : « Plan et relations faictes par les sieurs Terrisse et Petit pour les reparations des ports et graus de la province les années 1662 ».

Contexte

 

Au début de 1662, alors que les Etats de Languedoc s'inquiètent depuis plusieurs années de l'état du commerce maritime de la province, une visite générale du littoral est diligentée sous l'autorité du prince de Conti. Elle doit aboutir à un diagnostic préalable à une reprise des investissements sur ce littoral. Deux commissions des Etats successives sont chargées d'examiner l'affaire pour décider des travaux à entreprendre.

Ce document est issu de cette visite d'inspection menée par Isaac Petit, ingénieur du roi, et Claude Terrisse, capitaine d'Agde. Il accompagnait probablement le procès-verbal de visite du 12 mai 1662, conservé dans la même liasse.

Les éléments représentés sur le plan

 

  • Le lido. Le choix de représentation des lieux ne permet pas de mesurer la distance séparant ce lido du rivage septentrional des étangs. Il n'est donc pas possible d'utiliser ce plan pour évaluer la position du cordon littoral entre la mer et ces étangs, pas plus qu'il n'est possible de préciser la localisation du grau sur le lido. En revanche, malgré l'absence d'échelle, les indications des inspecteurs permettent d'estimer la largeur du lido à quelque 130 toises (env. 260 m) à l'ouest et 190 toises (env. 380 m) à l'est. Mais cette absence d'échelle invite le lecteur à la plus grande circonspection dans l'évaluation des distances. Aucune mention ne permet d'imaginer le relief et la végétation du lido, a  fortiori une quelconque occupation humaine.

 

  • Le grau. Il s'agit du principal lieu décrit par la carte, bien que le terme ne soit inscrit qu'en petits caractères à l'une de ses extrémités. Le grau est composé d'un ensemble d'éléments désignés par les lettres A à K. Les contemporains ont conscience de la précarité de ce type de formation littorale, le grau de Palavas ayant déjà « changé diversses fois [...] a faute d'avoir tenu les canaux quy sont dans les estangs libres afin que les eaux se puissent communiquer de la mer aux estangs et des estangs a la mer » (ADH, C 12344, « Project pour les repparations et concervation du grau appellé de Palavas au dioceze de Montpellier », s.d. [1662]). Bien que large d'environ 30 toises (env. 60 m), le grau n'est navigable que dans un chenal délimité par les lignes tracées de part et d'autre de la lettre A, soit peut-être une dizaine de toises (env. 20 m). Le dépôt des sables et des vases est évidemment la cause de l'exiguïté du chenal utile. C'est ce même phénomène qui explique la présence d'un grand banc de sable en FGH, ou « tocq ». Fruit de la circulation des eaux entre la mer et l'étang, le bassin indiqué en B présente trois issues : le chenal CI, dit « du levant », le chenal DK, dit « du mitant », et le chenal E, dit « du ponant », ce dernier débouchant directement sur l'anse LMN. L'un des projets de réparation du grau envisage le creusement de ces chenaux à 12 pans de profondeur (env. 3 m) sur une largeur de 5 cannes (env. 10 m), y compris le chenal DK à percer au travers du « tocq ».

 

  • L' anse dite « port de Palavas ». C'est justement cette anse qui est l'objet de toute l'attention de l'ingénieur Petit et du capitaine Terrisse, car elle doit abriter les barques qui empruntent le grau. Incriminées dans le phénomène d'ensablement du grau, elles se verraient interdire tout stationnement dans les chenaux d'accès car « lesdites barques rettiennent les sables ». « Faict[e] en forme de demy lune » (ADH, C 12344, procès-verbal de visite du 12 mai 1662), l'anse serait ainsi ce « bassin ou rezervoir servant de port » (ADH, C 12344, « Project...  », op. cit.) que les patrons de barques appellent de leurs vœux. « Comblé de vaze, algue marine et sablon meslé ensamble », avec seulement 1,5 pan d'eau de fond (env. 40 cm), ce bassin devrait être recreusé jusqu'à une profondeur de 8 à 10 pans (env. 2 à 2,5 m), selon les projets, et bordé d'une chaussée permettant la circulation sur son rivage. Cette chaussée surélevée serait bâtie avec les dépôts sortis du bassin. C'était ainsi qu'un « port de Palabas » devait sortir des sables à l'hiver 1662-1663.