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Projet d'aménagement du fréau de Brescou [1634] - Zoom sur...

Agde
Projet d'aménagement du fréau de Brescou [1634] (ADH, C 12308/1)
Projet d'aménagement du fréau de Brescou [1634] (ADH, C 12308/1) Archives départementales de l'Hérault

Les plans de ports du Languedoc : pour une histoire de l'espace littoral aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Stéphane Durand >Page d'introduction > Le port d'Agde

 

Ce plan du « fréau » de Brescou (ADH, C 12308/1), i.e. de la rade formée par le cap d'Agde, l'îlot de Brescou et le promontoire de Roquelongue, représente les aménagements portuaires envisagés au début des années 1630 par Richelieu pour équiper la côte du Languedoc. Il s'agit donc là d'un projet et non de la réalité du terrain.

Ce document correspond approximativement au premier devis des travaux (9 octobre 1632) ou au second (23 avril 1634), les deux seuls devis du chantier à peu près compatibles avec les éléments portés sur ce plan.

Ce plan colorié du début des années 1630 (v. 1633-1634) est orienté au SSO en haut de la feuille [le plan porte lui-même une rose des vents mentionnant le nord, le sud, l'est et l'ouest, mais aussi le sud-est (le siroc), le nord-ouest (le magistrau), le nord-est (le grec) et le sud-ouest (le labech)]

Projet d'aménagement du fréau de Brescou [1634] [Cote ADH, C 12308/1]

Projet d'aménagement du fréau de Brescou [1634] (C 12308/1)

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Texte et légende

L'encart à droite reprend et explicite les lettres figurant sur le plan, à savoir :

A- Brescon ; B- Jettée de pierre a faire ; C- mol ou quay ; D- la lauze ou il faut f(air)e une monjoye ; E- cap d'agde ; F- l'eglize à faire ; G- la clape ou a prandre la pierre ; H- l'estan de sainct martin ; I- meterie de sainct martin ; K- roque loungue ; L- septantrioun et mydy ; M- oriant et occidant ; N- sud oest dict labech ; O- nordest dict le grec ; P- nordoest dict magistrau ; Q- sud est dict lisstrop

Contexte

A la suite d'une visite effectuée par Richelieu sur les lieux lors des opérations militaires menées contre les huguenots en 1629, un arrêt du Conseil du roi du 10 janvier 1630 a ordonné l'établissement d'un port face à l'îlot de Brescou. Le retour des armées du roi dans la province en 1632, pour affronter la rébellion de Montmorency, a permis à Richelieu de passer à la seconde phase du projet : la réalisation d'un devis et la mise à contribution des Etats de Languedoc.

L'opposition des Etats de la province, dont les commissaires ont trouvé une faiblesse technique dans le premier devis (9 octobre 1632), a repoussé l'engagement des travaux à 1634, après l'établissement d'un second devis (23 avril 1634).

Les éléments représentés sur le plan

Les défenses militaires

 

Au cap d'Agde (E, lettre presque effacée) et à Roquelongue (K) figurent deux redoutes dont la présence devait permettre de défendre les nouvelles installations portuaires. La datation de ces ouvrages est mal connue, même si l'on sait que la redoute du cap d'Agde a été l'objet de travaux au cours de la réalisation du port de Brescou. Quant à l'îlot de Brescou (A), il porte un fort établi là au siècle précédent, à l'époque des guerres de religion.

Les infrastructures portuaires

 

La principale installation projetée est constituée d'une jetée brisée en son extrémité (C). Comme le devis du 23 avril 1634 le précisait, il s'agissait de construire une « langue de rocher s'avansant vers la mer au dessoubz du cap d'Agde dicte la Leque et l'aligner droict au dernier rocher dud(it) Brescou appellée la Galere du costé d'orient et la prolonger seulement jusques a l'endroict ou vis-à-vis d'un rocher occulte nommé la Lause [D, lettre presque effacée, à droite de Q] , laquelle distance est d'environ quatre cens cannes ». Puis, au bout de cette jetée longue de 400 cannes (env. 800 m), l'entrepreneur devait réaliser un retour de 100 cannes (env. 200 m) en direction de l'ouest, selon un angle interne de 135°. Cette jetée, qui devait être large de neuf cannes (env. 18 m) et avoir « 4 pans [env. 1 m] hors la superficie de l'eau [i.e. de hauteur émergée] », devait être réalisée « avec une pierre non fondante ni sujette au chancre[1] ». Le plan désigne par la lettre G (presque effacée, en bas à gauche) un lieu dit « la clape » où la pierre aurait dû être prise.

Sur cette jetée devait être érigée une double muraille maçonnée. La première devait s'élever à l'est, du côté de la mer, sur une hauteur de plus de 4 mètres, surmontée d'un parapet de 1,5 mètre, soit une hauteur totale de 5,5 mètres. Dans ce parapet, des « sieges [...] persés [...] pour servir de lieux commungz », par paire tous les 100 mètres. A l'ouest, du côté du port, la seconde muraille devait s'élever d'un peu plus d'un mètre ; sur sa longueur devaient être aménagés neuf degrés à deux montées, « pour monter et dessandre dudit molle », tous les 100 mètres. Entre les degrés, l'entrepreneur était tenu d'accrocher des anneaux de bronze, fixés à des barres de fer, « pour l'atache des barques », de part et d'autre de chacune des montées. Bien sûr, l'intervalle entre les deux murailles devait être rempli par maçonnerie pour permettre la circulation, sur une largeur - compte tenu des autres dimensions - d'environ 6 mètres. En outre, pour fortifier l'angle opposé à la mer, le devis exigeait l'emploi de « bonne pierre de taille » liées avec des crampons de fer collées au plomb fondu. Enfin, la tête de la muraille, au bout de la jetée, devait être achevée en « demi-rond ».

Le plan représente en B une jetée de pierre à réaliser dans le prolongement occidental de l'îlot de Brescou, ce que le devis de 1634 ne mentionne pas du tout. C'est à ce titre que l'on peut affirmer que ce plan n'accompagnait pas expressément ce devis même s'il en exprimait les principaux éléments.

Enfin, les quatre navires représentés servent à signaler, d'une part, la passe par laquelle les bâtiments pourront accéder au mouillage, d'autre part le mouillage lui-même, à l'abri de la jetée à construire.

La chapelle du chantier

 

Le devis de 1634 était complété par la construction d'une chapelle (F, sur le cap d'Agde) de 9,5 cannes par 5 (soit 19 m x 10 m), aux murs épais percés de huit fenêtres. Elle devait être couverte de tuiles canal et surmontée d'une arcade destinée à porter une petite cloche. A proximité de là, les entrepreneurs devaient ériger une croix de marbre blanc haute de 2 mètres, y compris son piédestal en forme de colonne, avec chapiteau corinthien, posée sur un socle en « bonne pierre noire et plus fine ». Le plan indique que le chevet de la chapelle devait être orienté vers l'est.

Saint Martin

 

A l'arrière du cordon littoral reliant le cap d'Agde à Roquelongue figure l'étang de Saint Martin, ou étang de Luno, disparu au XXe siècle dans la construction de la marina du Cap d'Agde. A l'ouest de l'étang apparaît un bâtiment (presque effacé), surmonté d'une croix, là où pouvait être localisée la métairie de Saint Martin (I). L'auteur du plan y a représenté une sorte de chenal menant jusqu'à l'étang. Mais qu'a-t-il voulu signaler là ?

 


[1] Arch. dép. Hérault, C 12306, copie du contrat de bail du port d'Agde, du 13 août 1634.