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Enfant, il s'évade en collectionnant avec son grand-père les timbres de contrées lointaines, apprenant par cœur géographies, régimes et religions. Adolescent, il noircit ses cahiers de dessins quand débarque l'art du graffiti. Au milieu des années 1990, les feuilles devenues trop petites, il descend dans les rues du 20e arrondissement : une façon de s'ancrer dans le réel. Après des années dans les industries créatives, il quitte tout, sac au dos, et incarne cinq ans durant le Globe Painter de l'émission Les Nouveaux Explorateurs sur Canal+, avant de reprendre seul sa route.
Aujourd'hui, il poursuit ses voyages et son exploration picturale. Sa conviction : l'espace public est le lieu idéal pour inviter à rêver, à questionner, à aller voir de l'autre côté. Partout, Seth dessine des enfants dont l'innocence contraste avec la dureté de leur environnement.
En 2013, l'artiste réunionnais Jace invite Seth, avec huit autres artistes, dans le village de pêcheurs vezo d'Andavadoaka, au sud-ouest de Madagascar. Lors d'un précédent voyage, il y avait remarqué les voiles carrées des pirogues à balancier et en avait peint quelques-unes : des peintures filant sur la mer, plus belles encore qu'un graffiti sur un métro. Pendant dix jours, les artistes partagent le quotidien des habitants, animent des ateliers de dessin avec les enfants et réalisent des toiles géantes, offertes aux vents. Exposées ici, deux de ces voiles peintes témoignent de l'aventure, tandis qu'une troisième donne à voir les peintures en cours de réalisation. Elles avaient connu le plus beau des vernissages : une régate sur l'océan.
Les enfants d'Andavadoaka passent leurs journées à jouer dans la mer. Naguère encore, les Vezo étaient des nomades qui suivaient les poissons, comme leurs ancêtres des millénaires plus tôt. Ils sont les derniers à perpétuer le mode de vie des vahoaka ntaolo, « le peuple d'origine » venu de l'autre côté de l'océan Indien.
« Les quartiers populaires vétustes du centre de la ville, voués à la destruction, ne résonnent plus des rires des enfants. Je peins une vingtaine de personnage avec des jeux emblématiques des années 70 et 80, comme ici cette petite fille aux oreilles de Minnie. Leur apparente innocence, plongée en plein chaos, nous parle de la Chine et de ses mutations. »
Seth s’est rendu de nombreuses fois à Shanghai. Il s’intéresse à la culture locale en s’imprégnant de son esprit traditionnel. Il peint sans autorisation sur les murs des derniers vieux quartiers du centre et nous livre une image de la Chine qui le poursuit depuis l’enfance.
Réalisées dans des ruelles quasiment vidées de leur population en vue de leur future destruction, ses créations représentent des enfants s’amusant avec des jouets emblématiques. Seth nous rappelle un temps où l’espace public ne représentait pas uniquement un lieu de passage mais aussi de vie et de sociabilité.
Le contraste entre simplicité et légèreté des personnages et le chaos incarné par les bâtiments est frappant. Malgré leur apparente innocence les gamins de Seth nous parlent des changements qui secouent la Chine.
En 2017 puis 2019, Seth se rend à Popasna, dans le Donbass, à une dizaine de kilomètres du front qui oppose l'Ukraine à la Russie depuis 2014. Aves Oleg Sosnov, dans le cadre du projet "Back to school", il peint plusieurs murs de l'école publique et anime des ateliers avec les élèves. Déjà bombardé, l'établissement continue de fonctionner malgré les checkpoints et les combats tout proches. Lors d'un atelier, l'artiste invite les enfants à dessiner leur autoportrait sans visage, à figurer, dans une silhouette, ce qui ne se voit pas : leurs rêves, leurs projets, ce qu'ils aiment.
Popasna a depuis été entièrement détruite et se trouve en zone contrôlée par la Russie. L'oeuvre exposée ici garde la mémoire de cette école et des enfants qui l'ont habitée.
« Si mes personnages sont ancrés dans la modernité du temps présent, leurs masques traditionnels renvoient à une connexion avec le lieu, leur culture, une spiritualité. C'est une façon de revenir à leurs racines, de communiquer avec leur propre histoire. Le masque dissimule celui qui le porte, mais dit tout de lui. »
De ses voyages, Seth rapporte des masques qu'il collectionne et fait renaître sur les murs du monde entier. Ce qui le retient en eux : leur pouvoir de transformation, ce jeu entre ce qu'ils cachent et ce qu'ils révèlent.
D'origines et de traditions multiples, les masques sont façonnés selon des techniques propres à chaque culture, en bois, en fer ou en plumes. Minuscules ou immenses, humains ou fantastiques, ils sont portés partout dans le monde, lors des fêtes, des cérémonies ou des spectacles de danse et de théâtre. Entre tradition et psychologie, chacun convoque notre regard d'enfant et nous interroge sur notre désir de dissimulation, de représentation.
« Dans ma tête » est une installation qui rassemble plus de 1000 dessins d’enfants du monde entier (France, Indonésie, Brésil, Madagascar, Japon, Ukraine, Chine, Jordan, Kenya, Laos…). Les enfants réalisent leur autoportrait dans une silhouette sans dessiner leur visage. Ils nous parlent d’eux grâce à leurs rêves, leurs passions, leur environnement. Une façon de se représenter en dévoilant leur personnalité profonde.
Une tête d’enfant vue de dos, nous invite à la traverser par un tunnel multicolore, tel le terrier du lapin blanc d’Alice au pays des Merveilles, pour arriver dans une salle lumineuse remplie de dessins, représentant le monde intérieur de leurs auteurs : des autoportraits sans portraits.
Ce patchwork, concentré de créativité dans un monde où le selfie et la superficialité sont rois, nous ramène à notre propre enfance.
Street Play retrace la quête de créativité des enfants à travers le monde, par la photographe new-yorkaise Martha Cooper et l'artiste urbain Seth. Du bidonville de Cité Soleil à Jacmel ancrée dans ses traditions, du bidonville de Kibera aux villages du nord du Laos, ils dévoilent la richesse imaginative des enfants et la puissance de leur résilience.
Martha et Seth ne se contentent pas de parler des enfants : sous l'apparente innocence de leur démarche se cache une profondeur plus complexe. Bien qu'ils emploient des médias différents, ils partagent la même approche. La photographie comme la peinture sont des manières de garder trace, de témoigner des subcultures qui marquent leur temps.
Tous deux puisent leur inspiration dans les lieux qu'ils traversent. Leurs rencontres avec l'Autre les amènent à faire découvrir des pratiques et des imaginaires singuliers. En rendant hommage à ces cultures que la globalisation marginalise, ils nouent un échange, un dialogue qui traverse leurs créations.
Visites et programmation
Visites guidées de l'exposition Les mercredis à 16h et les samedis à 11h et 16h
RÉSERVATIONS PAR MAIL → serviceprogrammation@herault.fr - Visite contée : Dans la valise de Seth - Visite en langue des signes française (LSF) - Visite en anglais (sur demande pour les groupes constitués) - Visites et ateliers pour les groupes scolaires